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10/01/2014

Écrire sur la Wehrmacht ou les Waffen SS est un jeu dangereux

 

Ma revue habituelle ayant été en retard chez le libraire et n’ayant plus rien à lire hormis les journaux que je parcours tous les jours, j’ai acheté une revue militaire ‘Magazine 39/45’.

 

 

 

J’ai entamé un article intitulé ‘La seconde bataille de Kharkov (mai 1942) – Anatomie d’un désastre’.

 

 

 

Très bien fignolé, très bien documenté, mais rapidement, je me suis senti mal à l’aise avec des phrases du genre ‘Sur le champ de bataille, au printemps 1942, la Wehrmacht est supérieure à son opposant en termes d’expérience, de structure et d’organisation.’

 

 

 

Une légende d’une photo parle du «brillant général Manstein».  Manstein c’est-à-dire von Manstein.  Le 10 octobre 1941, sur le territoire occupé de l’URSS, le Generalfeldmarschall Walter von Reichenau diffusait à ses troupes de la 6e armée (après sa mort reprise par von Paulus et défaite à Stalingrad) la directive suivante : ‘Le but fondamental de la campagne contre le système judéo-bolchévique est la destruction des moyens de son pouvoir et l’anéantissement de l’influence asiatique dans la sphère de culture européenne.  Le soldat, dans l’espace oriental, n’est pas seulement un combattant selon les règles de l’art de la guerre, mais aussi le porteur inflexible d’une idée nationale et le vengeur pour toutes les bestialités que les Allemands et peuples de nationalité similaire ont dû subir ».  C’est clair et net, peu de temps après, les chefs de corps de Panzer Herman Hoth et Erich von Manstein diffusèrent des ordres semblables aux troupes sous leur commandement.  Brillant commandant de Panzer, Manstein mais nazi invétéré.

 

 

 

Plus loin, dans l’article, une photo d’un fantassin allemand recevant  la Croix de fer 2e classe, avec la légende ‘le Landser {mot allemand décrivant le fantassin} a encore une fois montré sa grande capacité de combat»

 

 

 

Bon, incontestablement, d’un point de vue strictement militaire et détaché de toute connotation purement sociopolitique ou géopolitique, c’est vrai, les soldats allemands étaient de très bons combattants.

 

 

 

Sauf qu’ils avaient juré allégeance au Führer - tous les soldats, pas seulement ceux de la SS et depuis 1934 – et bon Dieu qu’étaient-ils allés faire en Norvège, en Belgique, en France, au Luxembourg, en Hollande, au Danemark, en Grèce, en Yougoslavie, dans les territoires de l’URSS?  Bien sûr que la Wehrmacht était supérieure à bien d’autres armées en termes d’expérience.  Ces soldats avaient pratiqué une guerre d’agression contre des nations indépendantes, et une fois dans les Balkans (et surtout en Yougoslavie) ou sur le territoire de l’URSS, cette guerre se transforma en guerre idéologique d’anéantissement de l’ennemi et la Wehrmacht y participa sans rechigner à la besogne.  Car, même si elle ne fut pas directement impliquée dans l’Holocauste (seules certaines unités comme la 707e DI et une unité en Yougoslavie tuèrent des Juifs), elle apportait la logistique nécessaire aux tueurs des Einsatzgruppen du SD (Sicherheitsdienst) ou de la SS, troupes, moyens de transports, vivres, munitions, convoiement de prisonniers ou de gens à abattre, razzias, etc.

 

 

 

Je viens de lire un article retraçant les derniers combats des Waffen SS français de l’unité Charlemagne, à Berlin.  Celui qui l’a écrit est un gaulliste inconditionnel et on ne peut le suspecter d’aucune forme de sympathie pour les nazis.  Pourtant cela me choque un tel article.  Pourquoi ? J’écris depuis longtemps et depuis peu je me suis également laissé aller à écrire des articles militaires, j’en ai écrit un sur la Wehrmacht notamment intitulé ‘Les crimes de guerre de la Wehrmacht’.  Il ne me viendrait jamais à l’idée d’écrire quoi que ce soit de purement militaire sur le rôle d’unités de la Waffen SS, même si on sait – militairement parlant – que nombre de ces unités eurent d’excellents combattants.  Mais, je m’y refuse pour une raison simple.  Ils portaient l’uniforme des SS, celui-là même des gens qui tuèrent les Juifs, les détenus politiques, des populations civiles, les commissaires du peuple ou communistes, les partisans ou résistants.  Ils sont criminels par association, s’étant engagés pour servir une idéologie raciste, perverse, génocidaire, contraire aux conventions de la Haye et de Genève et contraire aux droits humains élémentaires.

 

 

 

D’ailleurs, à Nuremberg, la SS – dans sa totalité c’est-à-dire y compris la Waffen SS – fut déclarée organisation criminelle.

 

 

 

Beaucoup de gens admirent Rommel, disant de lui que ce fut un général propre.  Aux deux généraux venus le mettre, le 14 octobre 1944, devant le choix de subir un procès ignominieux pour traîtrise ou le suicide avec enterrement militaire en grands pompes, le célèbre général dit «J’ai aimé le Führer et le j’aime encore» (cf. Der Spiegel 44/2012).  Peu après l’invasion de la Pologne en septembre 1939, il écrivit à sa femme «Que dis-tu des événements ?  C’est tout de même fantastique que nous ayons un tel homme» (même source).

 

 

 

Je trouve qu’il est dangereux, en ces temps de résurgence d’antisémitisme et de négationnisme, d’écrire des articles sur la Wehrmacht ou les Waffen SS, sans y mettre de très sérieux bémols à la clé.  Je pense qu’il peut être utile, d’un point de vue historique, de mettre en exergue les qualités militaires intrinsèques du Landser ou même d’unités des Waffen SS, mais en soulignant en prologue ou en coda que ces gens servirent une idéologie malsaine, une idéologie génocidaire et que, en tant que soldats ayant accepté de servir sous le Svastika ou la tête de mort, ou s’étant engagés comme volontaires, ils s’étaient donc mis au service d’un pays à vues génocidaires et criminelles et, partant, étaient à considérer comme criminels par association.

 

 

 

Pour moi, le crime majeur d’un Degrelle, ce n’est pas qu’il ait été traître à son pays – et c’en est un, aucun doute à ce sujet – mais d’avoir été endosser l’uniforme des affidés de Hitler et d’avoir adhéré à sa cause génocidaire.  La traîtrise est grave mais le génocide de populations civiles est d’une ampleur bien plus grave encore.

 

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