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07/09/2013

Champs de bataille et villes martyre

Certains aiment se promener dans les cimetières, moi de longue date, je m’intéresse aux champs de bataille ou aux villes ayant connu des batailles célèbres.  J’habite d’ailleurs à côté de Waterloo, un lieu qui célèbre encore la victoire ratée de Napoléon.

 

Pas plus tard qu’il y a quelques jours à peine, je mes suis promené sur la plage de Bray-Dunes où, à marée basse, j’ai pu voir quelques épaves conservées de l’opération Dynamo, ayant vu le rapatriement par la Mer de quelque 300.000 Britanniques et alliés.  Une opération magistrale mise en place en très peu de temps et avec la collaboration de nombre de marins professionnels ainsi que de marins civils n’ayant pas hésité à mettre leur vie en danger pour leur pays assiégé.  Deux semaines auparavant, je suis allé à Ponary en Lituanie, un petit et joli lieu boisé, un lieu célèbre parmi les Juifs des pays baltes puisque 70.000 des leurs y furent exterminés et 30.000 autres personnes (Soviétiques, Polonais, Lituaniens, prisonniers de guerre russes, etc.).  Je me suis également promené dans les rues qui constituaient le ghetto de Vilnius.

 

J’ai commencé mon odyssée du souvenir en 1970, année qui me permit de visiter Volgograd, l’ancienne Stalingrad.  J’avais déjà à l’époque lu quelques livres au sujet de cette célèbre bataille, ce fut donc pour moi des moments particulièrement émouvants de voir la Volga, la colline de Mamaïev Kourgan (où officiellement 42.000 soldats de l’Armée rouge périrent mais en réalité un chiffre peut-être 5 fois supérieur)), la maison ‘Pavlov’ (un sergent qui joua un rôle héroïque pour la défense de cette habitation avec à peine 5 soldats en tout qui résistèrent jusqu’à la mort) et le célèbre ‘Unimag’ où le chef de la VIe Armée allemande, le maréchal von Paulus présenta la reddition de ses troupes.  Sur les quelque 300.000 soldats allemands à l’origine, seuls 90.000 avaient survécu l’enfer de Stalingrad, 6.000 revinrent de captivité.

 

J’ai visité Hiroshima où une seule ruine de maison, située sous l’impact de la bombe A, atteste encore de ce qui s’y est passé.  Dresden, bombardée par les Alliés durant deux jours et nuits fit également un nombre impressionnant de victimes civiles.  Ce sont des villes martyres, comme le fut Varsovie que j’ai visitée de même que l’emplacement du ghetto (dont il ne reste aucune trace hormis un monument).  Pour rester en Pologne, j’ai tout de même visité Auschwitz-Birkenau, à deux reprises, un lieu qui reste à jamais inscrit dans la mémoire de ceux qui s’intéressent à l’histoire et je suis passé en autocar à proximité du camp de Plaszow, célèbre depuis le film ‘La Liste de Schindler’.  À Singapour, je suis allé devant le camp de Changi, un célèbre lieu de détention de soldats alliés par les Japonais et au Vietnam, outre Hanoi, autre ville martyre, j’ai visité ce qui reste (pour touristes) d’un tunnel à Cu Chi.  J’ai monté sur les Pyramides où mon voisin de Waterloo (Napoléon) a dit que 40 siècles d’histoire…

 

Parfois, de simples lieux visités durant les vacances peuvent constituer des points du souvenir historique, comme Dubrovnik en Croatie par exemple qui fut bombardé durant des semaines par les Serbes dans les années 90, ou Paris, une ville où le touriste un rien attentif peut remarquer nombre de plaques commémoratives rappelant qu’un policier ou un FFI est tombé à un endroit précis (durant l’insurrection d’août 44), ou, sur des murs de lycées, des plaques rappelant l’arrestation des lycéens juifs.  Rotterdam, Berlin, Hambourg, d’autres villes que j’ai visitées firent aussi l’objet d’effroyables bombardements.

 

À Bruxelles, une plaque sur un immeuble de l’avenue Louise rappelle l’exploit d’un pilote belge de la RAF venu mitrailler le siège de la Gestapo en plein jour (de Sélys de Longchamp si je m’en souviens).  Mais dans un athénée que j’ai fréquenté à la fin des années 50 à Koekelberg, il y avait une plaque commémorative rappelant les noms des jeunes Juifs arrêtés et déportés à Birkenau, dont le fils d’une famille juive voisine de la maison à Jette où j’habitais avec mes parents à l’époque.

 

Mais, quand on parle de la Première guerre mondiale, pour nous qui avons un studio à la Panne, dès qu’on sillonne un peu la région, il y des masses d’endroits qui constituèrent des lieux sanglants et j’aime aussi les visiter ; après tout mon grand-père maternel y combattit ainsi que le grand-père maternel de mon épouse.  Chaque fois que je vois l’indication de Geluvelt sur la voie rapide menant à Ypres, je pense au brave soldat Hitler qui y fit ses armes, un soldat qui était messager.  Et chaque fois, je me dis, si un Britannique, Australien, fantassin français ou belge, avait bien visé, une affaire de quelques millimètres peut-être, ou si les lois mathématiques réglant la trajectoire d’obus de mortier ou de tirs d’artillerie, avec un vent un rien favorable, avaient pu effacer ce fou de la race humaine, une fois pour toutes, je pense assurément qu’il y a un tas de lieux liés à la Seconde guerre mondiale, que je n’aurais jamais eu l’occasion de visiter.  Et tant mieux pour les existences humaine qui auraient ainsi été épargnées.

 

J’en aurais peut-être été réduit à jouer à la pétanque, faire des sudokus ou lire les infos sportives.

 

Et, question à 50 cents.  Comment expliquer que si un homme avait eu l’immense chance d’être tué au bon moment à Geluvelt ou ailleurs en France quand il y fut stationné, il n’y aurait pas eu 50 millions de victimes dans le monde, 6 millions de Juifs tués, une centaine de milliers de handicapés allemands, nombre de Roms, etc.

 

Certains affirmeraient que sans Hitler la guerre aurait tout de même eu lieu. C’est méconnaître la médiocrité de l’entourage d’Hitler (pas qu’Hitler eût été un génie ou génial, mais il eut de l’ascendant sur ses proches du parti, les hauts gradés de la Wehrmacht et la population) et survint cet engrenage malicieux (le Destin !) qui fit que le mauvais homme apparut au mauvais poste au plus mauvais moment de l’histoire de l’Europe pour y pratiquer son œuvre diabolique.

 

Certains diraient qu’il s’agit là d’un unique concours de circonstances.  Bien, pensons à Milošević, à El-Assad, dans l’histoire récente, et reconnaissons que, souvent, nous sommes impuissants face aux dictateurs et leaders de pays totalitaires.

 

Pour une raison simple, nous respectons les lois et les usages civils et militaires convenables tandis qu’eux s’en soucient comme de leur première.  Et souvent, donc, ils gagnent, le temps suffisant pour exterminer ceux qu’ils considèrent comme des ennemis ou contraires à leurs idées.  Et nous nous regardons en spectateurs et nous sommes outragés.

 

Vraiment outragés!

12:09 Publié dans Autres, Perso | Lien permanent | Commentaires (0)

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