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26/07/2013

L'étoffe des héros

Certains faits particulièrement héroïques ne sont parfois révélés que des décennies plus tard.

 

Denis Avey[1] était un soldat britannique comme tant d’autres et son destin aurait pu passer inaperçu si, du temps de sa captivité, il ne s’était produit quelque chose qui, à la réflexion et maintenant qu’il a décidé de coucher sur le papier ses souvenirs de guerre, le situe d’emblée dans la cour des grosses pointures comme on dirait en langage populaire, ou des héros comme je dirais, moi.

 

Embrigadé comme des centaines de milliers d’autres Britanniques dans l’armée qui, dès fin juin 1940, est la seule sur le continent européen qui se batte encore contre les Allemands (et du point de vue des résistances, elles étaient encore à l’état embryonnaire).  Après sa formation, il est envoyé en Égypte puis en Lybie où, en premier lieu il aura affaire aux troupes italiennes.  Qui, contrairement à ce qu’on en pense généralement, étaient également capables de se battre avec courage et opiniâtreté.  Puis survint Rommel et l’Afrika Korps, une dimension toutefois supérieure – en armement, organisation et pugnacité militaire – à celle des Italiens.

 

Après des mois de combat et de conditions climatiques dans le désert en fait atroces, il est blessé et est fait prisonnier; il est soigné par des médecins militaires allemands corrects (les infirmières allemandes, par contre, lui tirent la tête et l’ignorent autant que possible), puis transféré dans un camp de prisonniers sur le continent africain, ensuite évacué vers l’Italie.  Son bateau est touché par une torpille de sous-marin, il se retrouve à la mer, dérive, puis est sauvé par des Italiens.  Qu’il regrettera en tant que gardes de prisonniers surtout quand il pourra effectuer la comparaison avec les Allemands.  Les Italiens étaient humains.  Les Allemands, même ceux de la Wehrmacht, des bêtes endoctrinées pour qui des ennemis n’étaient que des espèces d’Untermenschen situées un rien au-dessus des Juifs.

 

Il fera plusieurs tentatives d’évasion, sera repris mais sans être maltraité.

 

Finalement, il se retrouve dans le camp de prisonniers de guerre E715, en Pologne!  Un camp dont les détenus alliés sont forcés de travailler – ce qui est contraire à la convention de Genève de 1927 sur le traitement des prisonniers de guerre – et, pour comble de malchance, son ‘Kommando’ est affecté à l’immense usine de production de caoutchouc synthétique à Monowitz (l’usine Buna de IG Farben) en Pologne, un endroit que, dans le jargon historique, on appelait « Auschwitz-III ».  Un endroit où Primo Levi eut également l’insigne honneur de ‘servir’ en tant qu’esclave des Allemands.

 

Là-bas, civils allemands, détenus juifs, Kapos, prisonniers politiques et prisonniers de guerre se côtoyaient ou plutôt s’ignoraient la plupart du temps. Sauf que Denis Avey est doté d’une curiosité insatiable.  Très vite, il comprend ce qu’est le sort des Juifs d’Auschwitz et ce qui les attend.  Il assiste, impuissant car il est un homme d’action et d’honneur, à la bastonnade – allant parfois jusqu’à la mise à mort - de Juifs ayant commis une ‘erreur’, ayant déplu à l’un des SS, ou ayant eu une tête qui à ce moment-là ne revenait pas à l’un ou l’autre des affidés loyaux du régime nazi.

 

Denis se lie avec certains Juifs, il ne s’agit pas d’amitié mais d’échange ‘humains’. Hans tout d’abord.  Et, finalement, germe en lui cette idée à la fois monstrueuse et héroïque.  Celle d’échanger leurs vêtements ne fût-ce qu’un jour et de changer de place et de rôle.  Il s’y prépare du mieux qu’il peut, se coupant les cheveux presque à ras, s’enduisant le visage de poussière, apprenant à marcher les épaules voûtées, le pas traînant.  Puis arrive le jour, un soir, ils changent de vêtements et il passe une nuit dans l’enceinte d’Auschwitz, celle des Juifs mais aussi des autres ‘Untermenschen’, tandis que Hans recevra pour un jour des rations de loin meilleures que ce qu’il mange habituellement, sans qu’elles soient fantastiques.  Évidemment, cela n’alla pas sans que Denis eût dû donner des bakchichs (cigarettes) aux Kapos de la baraque de prisonniers où il passa la nuit ainsi qu’à deux codétenus d’une nuit, ses voisins immédiats.  Et, comble d’insolence ou de courage tranquille, il renouvellera l’expérience car ce qu’il veut c’est avant tout voir de ses propres yeux ce qui se passe avec ces Juifs, comment vivent-ils, dorment-ils, mangent-ils et quels dangers les guettent?

 

Plus tard, il se liera avec un autre Juif, Ernst.  Mais un jour alors qu’il travaille et qu’un SS tabasse un Juif à mort, il ne peut résister et il traite le SS d’Untermensch.  Ce qui lui vaut un coup de crosse à l’œil, un œil qu’il perdra et qui, bien plus, tard, verra l’apparition d’un cancer qui, heureusement pour lui, n’eut pas d’autres suites.

 

Et, le pauvre Denis Avey, ce héros solitaire n’eut pratiquement personne à qui confier son histoire.  Et, le pis, ce fut qu’il fut hanté pendant des décennies par ces scènes barbares dont il avait été témoin sans pouvoir en parler.  Tout juste après la guerre, il tenta bien de dire aux fonctionnaires militaires dans quelle sorte de camp lui et ses codétenus prisonniers de guerre avaient été mis, dans quelles atroces conditions ils avaient dû et travailler et côtoyer la misère habituelle qu’enduraient les prisonniers Juifs et politiques d’Auschwitz, mais personne n’avait eu ni le temps ni l’envie d’entendre des récits aussi dépressifs, surtout après la victoire.  Ce ne fut finalement que vers la fin du siècle passé qu’il put pour la première fois relater le tout sur antenne radio, puis à la télévision pour, en fin de compte, coucher sur papier ses souvenirs.  Des souvenirs d’un être exceptionnel, modeste, courageux, équitable.

 

Et, hormis le fait d’avoir rencontré le 1er Ministre et des députés grâce à la propagation sur antenne radio et à la télévision de son récit unique, il retrouva la trace de Hans et d’Ernst, hélas morts dans l’intervalle mais qui, eux, avaient tourné des vidéos à titre privé, relatant leur histoire.  Qu’il regarda avec émotion.

 

 

Son récit est empreint de grandeur, de dignité, d’honneur. Je le recommande à tous ceux qui ont encore le sens de l’histoire et qui ne se contentent pas uniquement de ce que des médias portés sur le sensationnalisme sont susceptibles de leur ‘apprendre’.

 



[1]« L’Homme qui s’était infiltré à Auschwitz » par Denis Avey et Bob Broomby, préface de Sir Martin gilbert, le grand historien de la Shoah, éditions JC Lattès

11:03 Publié dans Autres, Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

04/07/2013

Et pendant ce temps-là dans le monde...

Et pendant de temps-là dans le monde…

 

Certains pensaient que toute une série de pays (Libye, Égypte, Tunisie, Maroc) avaient bien trop vite basculé dans l’escarcelle des intégristes (ou des Frères musulmans).

 

Bonnes nouvelles ces dernières semaines.  Le peuple égyptien a forcé le président Morsi à se retirer, avec l’aide de l’armée ayant pris fait et cause pour la révolte populaire.  Ce qui m’a frappé quand je regardais les images que les chaînes de télévision me transmettaient de manifestations et de manifestants, c’était de voir tant de femmes voilées, certaines portant même la burqa – que, souvent, nous dans notre ignorance occidentale crasse nous assimilons un peu trop rapidement à des ‘intégristes’ du côté des opposants au régime autoritaire et islamique du président Morsi.

 

En Turquie, même topo avec là, surtout des jeunes qui manifestent et des gens des classes moyennes.  Rappelons-nous, le fondateur de la république laïque turque, Atatürk, avait interdit le voile et le fez dans tous les espaces publics et à l’intérieur des universités.  Atatürk consommait de l’alcool.  Erdogan, le maître penseur de l’AKP, qui reste populaire auprès d’une partie de l’électorat de souche paysanne, avait voulu interdire toute vente d’alcool à Istanbul.  Il avait dit publiquement au Parlement à cet égard «l’ancienne loi sur l’alcool a été instaurée par deux poivrots, ne devrions-nous pas plutôt privilégier la Loi de Dieu ? » (cf. ‘Der Spiegel’  no. 26, et au sujet des deux poivrots il visait Atatürk et son successeur Ismet Inönü).  Erdogan  permit que les étudiants et les ressortissants à la fonction publique puissent à nouveau porter le  voile.  Remarquons qu’il se montrait souvent en public accompagné de son épouse voilée.  Ce mouvement d’opposition, laïc d’essence car il va bien au-delà de la simple défense d’un parc sur la place Taksim voué à la destruction, est un fait positif car il nous prouve, à nouveau, que le monde musulman n’est pas occupé à basculer en bloc et à jamais vers l’intégrisme et le retour à la charia, qu’il y a, parmi les Musulmans, une diversité qui, somme toute, n’est pas différente de celle qui est la nôtre dans nos pays laïcs.

 

En Iran, des élections libres ont installé un nouveau président modéré qui souhaite améliorer les relations du pays avec les puissances et peuples occidentaux.  Celui qui doit râler c’est Bibi en Israël qui aurait tant souhaité pratiquer des frappes sur les installations nucléaires iraniennes.

 

Et, en Tunisie, il y a encore des femmes courageuses qui osent s’opposer aux diktats d’Enahda, au risque de se voir assassinées ou d’aller croupir en prison.

 

Je ne comprends pas l’étonnement de tous ces gens, journalistes, politiciens, au sujet de l’affaire Snowden et des écoutes massives que pratique la NSA (National Security Agency).  Cela fait longtemps (années 70/80) que j’ai lu des livres sur l’espionnage militaire, sur la CIA, le KGB, MI6, etc.  Je sais donc que depuis les années 80 au moins, les États-Unis pratiquaient des écoutes téléphoniques systématiques dans le monde, avec souvent, quelques mots-clés susceptibles de faire ‘sortir’ une conversation téléphonique (mais aussi un télex, ou un fax) du lot et induire à une enquête (ou transcription) plus approfondie.  Si je me souviens bien, les Britanniques avaient une gigantesque station de captage des fréquences radios et des lignes téléphoniques à Cheltenham.  Comme quoi, chez les journalistes, il n’y a plus de culture mais aussi aucune mémoire, aucune connaissance de base.  Et puis, soyons honnête, il y a maintenant certainement encore des secrets militaires à dégoter, mais le plus important – notamment pour des puissances telles les USA et la Russie – réside dans le commerce.  Voler des brevets, des formules chimiques, des procédés industriels, savoir ce que pensent des partenaires commerciaux en préparation de futures négociations, voilà actuellement l’essence même de l’espionnage, du moins chez nous.  Ne nous leurrons pas, les Chinois et les Japonais s’y frottent également et pour les mêmes motifs mercantiles.

 

On a retiré l’immunité parlementaire (européenne) à Marine le Pen, pour avoir comparé les prières de Musulmans dans la rue, par manque de place à la mosquée, à une occupation.  On veut la poursuivre, semble-t-il, pour ‘incitation à la haine’.  Inciter = ‘pousser quelqu’un à faire quelque chose’.  Haine = ‘sentiment violent qui pousse à vouloir faire du mal à quelqu’un et à se réjouir du mal qui lui arrive’ (cf. Petit Robert, qui d’autre ?).  Je serai clair, j’ai horreur de la droite sous toutes ses formes, d’Hitler, des révisionnistes, du FN et de tout ce qui se rattache à cette engeance.  Toutefois, plutôt que de monter sur ses grands chevaux, les impénitents défenseurs du politiquement correct auraient pu se poser la question de savoir si cette phrase de Le Pen était bien en adéquation juridique avec ce qu’ils se proposent de faire?  A-t-elle appelé à exterminer ces Musulmans?  A-t-elle émis le souhait de vouloir leur faire du mal?  Je pense, personnellement qu’il y aurait là matière, plutôt, à délit d’opinion, quitte à un tribunal de trancher sur cette base.  Quand son père par contre, dit que les chambres à gaz étaient un détail de l’histoire, on aurait, là, pu en déduire, qu’il émettait une opinion négationniste, qui, incontestablement, relève de la juridiction pénale.

 

J’ai vu que le petit-fils de Mandela avait déjà tout bien ourdi pour s’approprier les funérailles d’avance (avec projet de développement du village natal du héros sud-africain, question d’engranger de futures entrées d’argent…).  Comme quoi si un être exceptionnel a l’étoffe d’un Héros (majuscule), génétiquement, il n’est pas dit que cette qualité rejaillira sur ses descendants…