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13/06/2013

Je n'ai pas de talent, mais je me soigne

« ‘Je suis national-socialiste’ cria-t-il en me

désignant du doigt, tu ne peux pas

comprendre, parce que tu as-tu as du talent.

Mais moi, qui en suis dépourvu, j’ai besoin

du national-socialisme. »

« Mémoires de Hongrie » de Sándor Márai

 

 

Une phrase facile à comprendre et qu’on adapte facilement à la mentalité des nazis car, c’est vrai, au top des dirigeants nazis, Hitler en premier lieu, si ces gens-là représentaient une élite, ce n’était nullement une élite intellectuelle, ni de goût. Leurs mentalités étriquées, leurs idées fixes sous la forme de slogans simplistes, leurs méthodes de voyous, leur manque d’empathie pour qui ne ‘pensait’ (quel mot élégant pour qualifier leurs petites idées obtuses) pas comme eux, leur déshumanisation progressive tout cela avait le niveau d’une porcherie,  d’une grande salle de beuveries bavaroise.  Sauf qu’à cause de ces imbéciles et à cause de millions d’imbéciles dans leur genre qui y ont cru dur comme fer à leurs slogans populistes et réducteurs (la 1e guerre mondiale, la crise économique des années 20, c’est la faute aux Juifs et aux bolcheviques, qui sont du pareil au même…), le monde a été projeté dans une catastrophe sans égal dans l’histoire de l’humanité.

 

Certains pourraient dire que cette pensée de Márai pouvait s’appliquer aux communistes soviétiques, des gens qui se seraient aussi lancés dans ce mouvement parce qu’ils étaient dépourvus de talent.

 

Ce n’est, objectivement, pas tout à fait exact.  De mes nombreuses lectures en plusieurs langues à propos du nazisme et du communisme, j’en ai retenu ceci : à la base du mouvement communiste et de l’adhésion de certains à ce mouvement révolutionnaire, il y avait nombre d’ouvriers et d’intellectuels dégoûtés des conditions d’existencesociale sous le joug de l’empereur de Russie, nombreux sont également ceux qui se sont ralliés au communisme par idéalisme. Prenons le cas de Lénine, Trotski, même Staline et tant d’autres dirigeants de la première heure, presque tous étaient issus de milieux bourgeois et pourtant ils prirent le parti des déshérités, des démunis.  Le communisme, à l’origine (ne parlons pas des dérives de terreur ultérieures déjà sous Lénine puis, massivement, sous Staline) était un mouvement d’amélioration du sort de l’homme, de progrès.

 

Pour les nazis, pas d’idéalisme parmi ceux qui s’y rallièrent ni parmi les futurs dirigeants du mouvement.  Tous, presque sans exceptions, étaient des aigris, des dégoûtés parce que le gouvernement les avait trahis, eux, les anciens soldats de l’armée impériale, qui prétendaient ne pas avoir perdu la guerre sur le terrain, eux qui se sentaient encore suffisamment forts pour imposer leur volonté à la Belgique et à la France occupées.  Quand on lit des biographies de gens qui devinrent tristement célèbres par la suite (Hitler, Himmler, Heydrich, Stroop le bourreau du ghetto de Varsovie, etc.), ce qui frappe c’est le fait qu’il s’agissait là de petits esprits portés sur le revanchisme, sur la supériorité de leurs idées, de leur sang pur, de leur ‘race’.  Il ne s’agit pas ici de créer un Homme Nouveau (comme le souhaitait le communisme à l’origine, projet raté il est vrai), mais de s’attaquer à ceux qui sont responsables de la Première guerre mondiale, à ceux qui profitent sur le dos des autres, à ceux qui ne sont pas dignes d’appartenir à la race des seigneurs (Juifs, Tsiganes, handicapés, témoins de Jehova, bolcheviques, etc.).  Quand on prend en considération les dirigeants du parti national-socialisme, seul Goebbels était réputé être un intellectuel.  Avez-vous déjà lu ou entendu certaines des phrases marquantes qu’il avait imaginées, si lui était un intellectuel que dire de ceux qui étaient plus médiocres encore – mentalement parlant – du panier à crabes nazi…

 

C’est là un exemple historique de gens totalement dépourvus de talent qui trouvent refuge dans une idéologie à leur niveau, un cocon qui les abrite, les rassure, les protège des intempéries que de vraies idées, de véritables concepts progressistes, auraient pu susciter dans leurs cerveaux creux.

 

Cependant, dans notre histoire contemporaine, on peut trouver l’équivalent, des gens sans talent pour quoi que ce soit (arts, loisirs, études, profession) qui trouvent des cocons refuges dans des idéologies ‘creuses’ (sans assises sérieuses, sans fondements politiques réels).  L’oisiveté, la fainéantise, le manque de talent, le manque d’ambition professionnelle ou de passion artistique, ce vide qui n’est pas identique au vide que célèbre le Zen, mais le vrai vide existentiel, peut pousser des jeunes désillusionnés, des adultes aigris, des gens ‘sans qualités’ (pour reprendre une expression de Musil, l’écrivain autrichien) qui trouvent souvent leur nid – leur vocation - dans des orientations d’extrême droite (front national, Vlaams Belang, Jobbik, Aube Dorée, etc.), dans le djihadisme ou salafisme actif (ce que nous appelons des intégristes).

 

Toutefois, quand on va plus loin et qu’on examine l’étoffe intellectuelle de nos politiciens actuels, tant en Belgique que dans les autres pays européens ou même en Amérique, que remarque-t-on ?  Il n’y a plus de talents dans la politique actuelle de l’étoffe intellectuelle des De Gaulle, Kennedy, Churchill, Adenauer.  Des hommes politiques qui avaient des idées innovatrices, qui étaient capables de penser à l’intérêt de leur pays à long terme, de leurs concitoyens, qui étaient capables de se hisser au-dessus d’une mêlée de médiocres et de faire entendre leur voix, à l’instar d’un Moïse revenant de la montagne porteur des Tables de la Loi, à l’instar d’un Jésus prônant le bien-être collectif sans se soucier de sa propre personne.

 

Comparez  Merkel, Hollande (ou Sarkozy), Di Rupo, Rutte, Cameron, Poutine, Rájoy, Van Rompuy et Barroso à ces titans intellectuels d’il y a soixante ans…on a l’impression que les vêtements qu’on leur a confectionnés sont bien trop large pour leur carrure (intellectuelle).  Le seul que j’exempterais, intellectuellement parlant, ce serait Obama mais qui n’est pas sans failles politiques (des idées certes, mais pas de moyens politiques pour les réaliser), même si du point de vue des neurones, il sort de l’ordinaire.

 

Tous ces politiciens actuels pensent comme des faiseurs de comptes d’apothicaires qui feraient leurs petits calculs électoraux à la semaine.  Ce n’est pas étonnant de constater que la majorité des politiciens dans tous les pays d’Europe est issue de la corporation du droit ou des sciences po, des gens qui ont été habitués dès l’entame de leurs études supérieures à ‘penser’ en termes de droit, de légalité, de conformité à la Loi, bref selon des concepts qui ne sont pas novateurs mais ancrés dans le passé, dans la tradition.

 

Qu’écrivait l’écrivain et poète Zamiatine en 1922 (auteur de ‘Nous autres’, un court roman futuriste) à propos de la différence entre penser au présent et se projeter dans l’avenir : ‘Le monde se développe uniquement en fonction des hérésies, en fonction de ceux qui rejettent le présent, apparemment inébranlable et infaillible.  Seuls les hérétiques découvrent des horizons nouveaux dans la science, dans l’art, dans la vie sociale ; seuls les hérétiques, rejetant le présent au nom de l’avenir, sont l’éternel ferment de la vie et assurent l’infini mouvement en avant de la vie. »

 

Kennedy a dit « ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, demandez plutôt ce que vous pouvez faire pour votre pays. ».

 

Et, je pense, c’est là justement que réside toute la différence entre un homme de talent qui se projette dans un avenir qu’il veut créer de ses propres mains et un homme dépourvu de talent (politique ou autre) qui s’accroche au passé, pense en termes et concepts traditionnels et est incapable d’imaginaire…