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02/01/2013

Notre pays a besoin de héros

Je souhaite une très bonne année 2013 à mes lecteurs.  Merci de m’accorder un peu de votre temps pour me lire.

 

                                                        *

 

J’ai toujours été fasciné par les comportements héroïques.

 

Dans notre monde actuel dominé par les platitudes habituelles de politiciens routiniers, par l’arrogance et la fatuité des personnes people et VIP n’ayant en vérité rien à confier, lorsqu’on voit à l’occasion d’un fait dramatique que des personnes font fi de leur propre vie et, parfois, en payent les conséquence, cela me laisse admiratif.

 

Ainsi, lors du massacre récent à Newtown dans le Connecticut, la directrice et la psychologue de l’établissement scolaire se sont avancées vers le tueur dès qu’elles ont entendu retentir les premiers coups de feu, pour essayer de discuter avec lui.  Elles ont payé le prix lourd comme certaines institutrices qui ont eu de bons réflexes au bon moment (celui, essentiel, de sauver la vie des enfants qui leur avaient été confiés), l’un d’entre elles ayant également perdu la vie.  Des comportements altruistes face au danger digne de notre reconnaissance et admiration.

 

IL y a près de 30 ans, un accident d’avion dramatique s’était produit à Washington D.C.  Par temps de forte tempête de neige, un avion prêt à décoller ayant fait dégivrer les ailes avait dû attendre trop longtemps avant le décollage ce qui fit que les ailes étaient à nouveau gelées.  Au moment du décollage il était trop lourd et s’écrasa bientôt dans le fleuve Potomac.  Des témoins oculaires virent un homme s’extraire de la carlingue, sauver une personne, puis une deuxième, ensuite une troisième, une quatrième et une cinquième.  Et après avoir tenté de sauver une sixième personne, l’inconnu se noya dans les eaux glacées du fleuve.

 

En septembre 2011, de courageux passagers du vol 93 d’United airlines tentèrent de reprendre le contrôle de l’appareil détourné par des terroristes islamiques.  L’avion s’écrasa mais l’histoire aura retenu les noms des héros qui tentèrent le tout pour le tout.

 

Lisant récemment un livre d’un rescapé du ghetto de Varsovie, je me faisais une réflexion.  Parmi les Juifs qui se liguèrent en automne 1942 et décidèrent de résister à la déportation les armes à la main (la révolte débuta le 19 avril 1943 comme on le sait), il est établi que la plupart des combattants juifs armés étaient jeunes, non mariés et sans charges de famille. Ce furent incontestablement des héros.

 

Par contre de nombreuses voix critiquèrent les Juifs qui se laissèrent déporter dans les camps de la mort comme des moutons.  Et, bizarrement, ce type de critique qu’on pourrait trouver déplacée, se faisait entendre en Israël même, en provenance des Sabras (Juifs nés en Palestine ou Israël) à l’égard des survivants de la Shoah.  Des  critiques qui se turent lors du procès d’Eichmann à Jérusalem, retransmis en direct à la radio, quand les Israéliens de souche réalisèrent l’ampleur et l’horreur de l’Holocauste et l’impossibilité matérielle de se sauver qu’avaient eue les masses de population.  Personnellement, par opposition aux héros de la révolte de Varsovie, je pense qu’un père de famille par exemple, conscient de la charge et de la responsabilité qu’il devait assumer envers son épouse et ses enfants, choisir de ne pas les abandonner alors qu’il aurait pu survivre en les laissant seuls, était en fait un acte de courage, un fait héroïque tout aussi admirable que la révolte du ghetto de Varsovie de l’OJC[1], ou de celle des révisionnistes.[2]

 

J’ai travaillé dix-sept ans dans une firme dont les patrons étaient juifs.  Le plus jeune né en 1927 avait 15 ans lorsqu’il s’échappa du ghetto de Lvov, cette ville polonaise à l’époque située en Galicie orientale. À cet âge-là, il rejoignit les troupes de partisans dans les forêts et, comme il me l’avait dit à de nombreuses reprises, tant pour certains des groupes de partisans polonais que pour les partisans ukrainiens (Lvov, une ville maintenant ukrainienne était alors peuplée à un tiers d’Ukrainiens), s’il avait révélé qu’il était juif, il aurait été tué tout de suite, tant l’antisémitisme y était non seulement répandu mais d’une virulence qu’on ne peut imaginer maintenant.  Puis, il combattit l’arme à la main durant des mois, des années, jusqu’à la libération du pays par l’Armée Rouge.  À l’âge de 15, 16, 17 ans !  Obligé de se battre avec ceux qui l’auraient tué s’ils avaient su qu’il était juif et contre les allemands qui l’auraient tué également pour la même raison.  Une autre fois, m’avait-il confié, son groupe de partisans avait été encerclé par les Allemands, seuls deux partisans survécurent, un autre Juif et lui-même. Quand on pense qu’il n’était qu’adolescent à l’époque !  Un vrai héros.  Méconnu comme des centaines ou des milliers d’autres à cette époque.

 

Pourquoi cette admiration pour des héros, pour des actes héroïques?

 

Sans doute parce que mon père ne fut pas et jamais un héros, quelqu’un digne d’être admiré ?  Et que dans ma vie et surtout dans ma seconde carrière au sein d’une administration fédérale, j’ai été confronté à tant de veulerie et de lâcheté hiérarchique que j’ai besoin de ma ration vivifiante de héros et d’actes héroïques.

 

N’ai-je pas lu il y a quelques semaines qu’un homme était entré dans une maison en flamme pour y sauver des personnes et qu’il avait réussi?

 

N’ai-je pas lu il y a quelques semaines qu’un photographe a filmé à New York la mort d’un homme projeté sur les rails du métro alors que s’il avait fait fonctionner ses neurones au lieu de son appareil à souvenirs marquants, il aurait pu sauver cet infortuné?

 

Malheureusement à une certaine époque, la mode, l’orthodoxie politique, firent en sorte qu’on prit pour modèles de héros des gens qui n’étaient après tout que des serial killers ou des suppôts de serial killers : Che, Mao, Hô, Castro.  Ne parlons pas de ceux qui dans la Russie actuelle ou dans l’ancienne Allemagne de l’est ont la nostalgie du bon vieux temps du communisme.

 

J’ai eu à traduire récemment pour une ONG un article édifiant, d’un chirurgien parti pour quelques semaines dans un hôpital de campagne à Kunduz en Afghanistan.  Relatant ce qui faisait son ordinaire : la chirurgie de guerre, la chirurgie des accidentés de la route et par balles.  Et qui concluait en disant que cela avait été une expérience intéressante, à renouveler.

 

Si on cherche autour de soi, des héros on en trouve en grand nombre.  Femmes seules au foyer qui se débrouillent tant bien que mal pour subvenir aux besoins élémentaires de leur(s) enfant(s), parfois sans aide financière, prestant des heures impossibles, menant une double ou triple vie.  Médecins, infirmières et personnel logistique qui sacrifient une possibilité d’avoir un salaire plantureux et des perspectives de promotion en Belgique pour aller œuvrer au sein d’une ONG en Afrique, Asie et dans ces pays ensanglantés qui font l’essentiel des news mais attirent peu les vocations.  Les pompiers des services d’urgence du 112 qui de jour et de nuit sont sur la brèche pour aller chercher les accidentés de la route, les victimes d’accidents ou de malaise à la maison, toujours de bonne humeur (et j’y ai eu recours deux fois cette année pour ma mère ainsi que des voisins pour ma mère également en notre absence), toujours serviables, toujours professionnels.  Je citerais aussi ces médecins urgentistes qui posent souvent le bon diagnostic et ces chirurgiens d’urgence qui sont là quand un corps a besoin en hâte d’une opération.  Je citerais également ces policiers de la route et de patrouille qui ne pensent pas à verbaliser les délits mineurs (voiture mal garée ne présentant aucun danger pour la circulation…) mais ont à cœur de combattre la vraie criminalité, celle qui met à mal la fibre sociale de notre société, parfois au risque de leur vie.  Comme héroïnes, je citerais aussi ces trop nombreuses femmes victimes de violence familiale et qui, souvent, restent associées à un homme violent pour le bien des enfants.  J’en sais quelque chose puisque ce fut le cas de ma mère…

 

Et peut-être pour faire comprendre ce que ce terme de « héros » n’englobe pas, je citerais ce titre d’un article dans Paris Match du 20 au 26 décembre 2012 : « La Berezina fut une victoire sur l’adversité, celle d’un Empereur de génie secondé par des hommes d’exception » (le texte va malheureusement dans le même sens laudatif que le titre) par Jean-Marie Rouart de l’Académie Française.

 

Curieux !  Alors que les Français considèrent Hitler – qui envahit leur pays en mai 1940 – comme une bête immonde, ces mêmes Français considèrent encore toujours Napoléon comme un héros.  Et lui qu’allait-il donc faire en Russie, son incursion sur un territoire indépendant n’était-elle pas pareille à celle d’Hitler ?

 

Comme quoi notre monde n’a pas seulement besoin de héros, il a besoin de gens capables de déterminer ce qui fait l’étoffe du véritable héroïsme…

 

 



[1]Organisation Juive de Combat, dont Mordechai Anielewicz fut le chef, constituée principalement de jeunes femmes et hommes de gauche, membres en majeure partie du Hashomer Hatsaïr ou du Bund

[2]Pour des raisons idéologiques et de manque de coopération, les «révisionnistes », admirateurs de Jabotinski, créèrent l’Union militaire juive qui combattit aussi avec fermeté et courage à Varsovie mais sous commandement séparé.

12:09 Publié dans Autres, Culture, Perso | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : héroïsme, héros

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