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15/12/2012

La Flandre s'enfonce de plus en plus dans l'hermétisme

La Flandre régresse de plus en plus sur les plans des libertés fondamentales des citoyens et de la raison et s'enfonce dans une espèce d'hermétisme socio-culturel qui, si cela continue ainsi fera d'elle une région paria aux antipodes de la notion de progrès humain.

 

On le sait, dans une série de communes sous la houlette désormais de la N-VA, on va nommer des échevins des affaires flamandes (un comble, nommer en Flandre des échevins ayant de telles compétences).  Celui d’Alost a déjà innové, il veut doter les plaques de rues d’un lion flamand.

 

Quel progrès !  Quelle avancé intellectuelle et, surtout, culturelle ! Vlaanderen in Actie !

 

Ailleurs en Flandre, on sanctionne les enfants immigrés qui ont le culot de parler l’arabe, le turc ou le pashtoun, l’albanais ou l’ourdou, dans la cour de récréation  Dans ces cours de récréation, et suivant la situation géographique, les enfants du cru pourront parler à satiété en dialecte ouest-flandrien, en plat anversois ou en incompréhensible limbourgeois, sous l’œil bienveillant de leurs surveillants braqués sur toute manifestation de xénophilie articulée dans l’une quelconque des langues de Babel exception faite du sabir du cru, seul toléré voire même promu.

 

Dans De Standaard des 8 et 9 décembre, est parue une interview intéressante de Lode Wils, un des meilleurs connaisseurs et historiens du Vlaamse Beweging (Mouvement flamand).  Le titre de l’article est évocateur « Le nationalisme flamand demeure un produit de la collaboration ».

 

Personnellement, je sais que la collaboration en Belgique durant la Deuxième guerre mondiale fut le fait de la Wallonie tout autant que de la Flandre.  La différence essentielle était idéologique.  Quand en Wallonie, on collaborait c’était par admiration pour le Führer, ses idées raciales, pour le sentiment de force que son armée avait apporté aux faibles d’esprit, mais surtout aussi en tant que soutien de sa lutte contre le bolchevisme.  Par contre, en Flandre, la collaboration (qui ne fut pas aussi massive que certains Wallons et francophones veulent encore le croire) si elle fut idéologique le fut en tant que but vers une émancipation de la Nation flamande et une indépendance de cette région sous la houlette bienveillante d’un Hitler qui aurait reconnu que les Flamands étaient des frères de race de la nation germanique.

 

Lode Wils rétablit quelques vérités, tout en condamnant les journalistes qui vont et écrivent surtout dans le sens du poil (« vous devez aller contre les mythes qui sont tout le temps répandus et répétés » - cf. la scission du pays).  Que dit-il en réponse à la question disant que la collaboration est encore pour certains parmi le Mouvement flamand quelque chose dont on est toujours fier ?  « …vous voyez que les collaborateurs ont, après la guerre, tenté de reprendre l’intégralité du Mouvement Flamand en main…ils furent rejetés par une majorité de la population.  Et de ce fait, pour ces gens, s’ils voulaient se justifier vis-à-vis d’eux-mêmes et de leurs enfants, il n’y eut d’autre alternative que de faire disparaître la Belgique.  Si cela réussit, ils seront considérés comme les libérateurs de la Flandre.  Au lieu d’être les traîtres de la Belgique. »

 

Lors d’un débat avec un historien de la N-VA, ce dernier demanda à Wils pourquoi il revenait toujours sur des faits vieux d’il y a 50 ans ?  « Parce que la moitié des membres du Mouvement flamand sont des héritiers de la collaboration ou appartiennent à une famille qui fut soi-disant réprimée pour faits de collaboration. » répondit Wils. Le membre de la N-VA Eric Defoort lui répondit aussitôt « Bien plus que la moitié ! ».

 

À la question de savoir si la N-VA s’est distanciée du spectre de la collaboration, Wils répond « En grande partie, oui, c’est évident.  Mais tout aussi évident.  Pas totalement, car c’est impossible.  Le Mouvement flamand a collaboré, il a été de droite, clérical.  Mais pourquoi posez-vous la question ?  C’est tout de même évident ?  Pourquoi n’osez-vous pas l’écrire en tant que journalistes ?  Pourquoi n’osez-vous pas prendre position ? »

 

Cela fait plaisir à lire !

 

Mais pour De Wever, je l’ai toujours dit et écrit, le pire, c’est que son parti représente une nette régression sur le plan social.  Ainsi l’accord conclu entre son parti et les judas des autres partis (notamment Van Peel du CD&V qui a mis en avant ses ambitions personnelles au détriment de l’accord de liste unique qu’il avait signé avec les socialistes) ne laisse aucun doute sur ce qui attend les Flamands si jamais De Wever devenait Premier d’une Flandre indépendante.  Voici quelques exemples choisis d’obligations qui seront faites aux Anversois après l’installation du conseil communal et qui à mon sens sont contraires aux droits fondamentaux des êtres humains, convention à laquelle la Belgique a souscrit tout comme – de facto – les entités régionales la composant: (1) pour bénéficier du revenu d’intégration du CPAS, les candidats devront prouver leur volonté d’apprendre la langue de la région et de travailler, (2) dans les crèches, on veillera à ce que le néerlandais demeure la langue d’expression, (3) pour les logements sociaux, ceux qui refuseront d’apprendre le néerlandais seront sanctionnés, et (4) pour les logements sociaux, priorité sera donnée aux personnes bénéficiant de revenus du travail et aux seniors. (De Standaard du 11/12/2012).

 

On voit tout de suite que l’arrivée de De Wever au pouvoir a des effets harmonieux, il s’empresse tout de suite de pratiquer ses vertus politiques essentielles : empathie pour les pauvres et déshérités, redistribution des revenus, aide aux plus démunis, et last but not least respect absolu de la convention des droits de l’homme et des libertés fondamentales que chaque pays de l’U.E. a fait sienne.

 

Niederländisch macht frei ?  Quant à l’autre aspect important de la ‘philosophie’ de Bart, c’est le travail.  La Flandre c’est sans doute le pays ‘des gens qui se lèvent tôt’, de l’‘honneur et du travail’.  Ce genre de démagogue populiste et poujadiste oublie que quand on accède à une fonction officielle, fût-elle  celle de bourgmestre ou de Premier Ministre, on représente tous les segments de la population, évidemment ceux qui contribuent au bien-être de la nation – les travailleurs - mais aussi les laissés pour compte, les chômeurs, les invalides, les handicapés et last but not least même les étrangers qui ne veulent ou ne savent pas parler le néerlandais.  Cette arrogance d’homme qui ne souffre aucune idée ou opinion contraire est celle des dictateurs.  Dommage que Chaplin soit décédé, il aurait pu croquer un merveilleux portrait sous forme de persiflage de ce type qui a nom De Wever et qui, petit à petit, commence à révéler son vrai visage politique d’une droite qui a des relents antisociaux et xénophobes (oh, habilement camouflés, reconnaissons-le, mais pratiquer une discrimination à l’égard des étrangers sous couvert d’apprentissage d’une langue, c’est du racisme larvé) détestables.

 

                                                                       *

 

C’est dommage de voir que la Flandre se replie sur elle-même au niveau linguistique puisqu’il n’y a pas que le français qu’elle déteste entendre ou lire sur des affiches, publicités, ou vitrines de commerces.  De plus en plus, les Flamands (sous l’égide du Seigneur es Langues, Geert Bourgeois) traquent, débusquent, punissent, tout ce qui de près ou de loin s’éloigne de leur langue.

 

Je lis aujourd’hui que « De Lijn » perdrait 900.000 euros de revenus annuels car cette société de transport ne peut plus afficher de publicité en langue étrangère (Pas de « Come to the USA, you’ll feel great ! »  « Have a Burger, feel free » « Les bulles c’est la vie », « Hasta la vista ! », “Na sdaroviye !”, « Skol ! » etc.).

 

Ce repli culturel d’un peuple doué pour les langues et qui les apprenait avec facilité (une facilité que n’ont d’ordinaire guère les francophones ou Wallons) me laisse perplexe.  J’avais déjà constaté par le passé que les Flamands connaissaient généralement bien l’anglais et que pour l’allemand, la connivence linguistique entre leur langue et celle de leurs voisins sur le plan culturel (le néerlandais est au fond du bas allemand) faisait qu’ils la baragouinaient tant bien que mal.  Le français constituait pour eux le nécessaire passage, un pour causer avec les gens du sud et de Bruxelles incapables de s’adresser à eux en néerlandais, deux pour accéder à une profession dans le privé, trois pour au moins pouvoir comprendre ce que pense l’ennemi héréditaire.

 

Maintenant, ce qui me désole c’est de voir que la connaissance du français est en régression totale chez les jeunes, que l’anglais n’est plus connu que par sa version américaine, les séries, tubes de musique et expression les plus éculées, que l’allemand devient une sorte de langue exotique.  Quant à apprendre des langues telles que les langues slaves, le chinois, le japonais, l’espagnol, etc., ne rêvons pas.

 

Bref, la Flandre qui fait partie de l’Union Européenne retourne vers ce pays de cocagne du temps où les guildes régnaient en maîtres dans les cités cossues, il y a plus de 500 ans…

11:56 Publié dans Belgique, Perso | Lien permanent | Commentaires (0)

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