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26/11/2012

La vie est belle en Belgique

La vie est belle !

 

Le nombre d’entreprises qui ferment pour causes de faillite atteint de nouveaux sommets chaque mois.  Le nombre d’ouvriers et d’employés qu’on licencie dépasse de loin tout ce que notre pays a connu depuis longtemps, et dans la presse on ne parle que des grosses entreprises or le nombre de licenciements dans les PME est à tout le moins égal aux licenciements en masse.

 

Des employés de grande surface commencent parfois à se plaindre du manque de clients bien plus tôt dans le mois qu’auparavant (on connaissait le phénomène des grandes surfaces vides les derniers jours du mois tout juste avant le paiement du traitement ou salaire sur le compte en banque).

 

Quand on se promène le soir dans certains lieux d’ordinaire achalandés et qu’on regarde le nombre de clients dans des cafés ou des restaurants, là aussi, c’est la dèche.

 

Récemment, j’ai dû prendre des rendez-vous dans des garages différents pour deux véhicules.  J’ai pu obtenir des rendez-vous à très courte échéance comme si ces garagistes m’attendaient justement.

 

On sait que la vente de certaines marques de voitures chute d’une façon spectaculaire, qu’il y a pour le moment une diminution de consommation d’électricité et de gaz dans notre pays.

 

Mon épouse, profitant d’une offre, est allée récemment dans une grande surface acheter un appareil photo Nikon avec deux objectifs (dont un 55-200) pour 500 euros.  Il n’y avait pas de file et encore plein d’appareils disponibles, pourtant elle n’y est pas allée le premier jour de cette offre exceptionnelle.

 

Bref la vie est belle !  Car les produits de luxe ne connaissent pas la crise, les voyages chers et lointains non plus.  Ceux qui ont du fric ne sentent pas la crise.

 

C’est normal car chez nous, à l’instar du candidat malheureux aux élections américaines, Mitt Romney, on ne veut pas taxer les riches ni la richesse.  Et quand je dis « on », je pense évidemment aux socialistes car des libéraux, on sait qu’il s’agit là d’un de leurs chevaux de bataille, le fait d’épargner les riches et nantis de ces turpides taxes.

 

Je ne me considère ni socialiste ni antisocialiste, ni libéral ni antilibéral.

 

Je me suis toujours considéré comme un être humain épris de démocratie et de principes d’égalité.  Je ne tiens pas à ce qu’on fasse une redistribution des richesses ni qu’on oblige les riches à se départir d’une partie de leurs richesses au profit des moins bien lotis.

 

Quand je parle de principe d’égalité, je ne pense pas plus que les hommes soient égaux d’un point de vue social ou de Q.I.  Je ne pense pas que les hommes aient les mêmes chances dans la vie, il y a bien trop d’impondérables (matériau génétique, dispositions mentales et physiques, physiologiques, milieu d’origine, différences de Q.I. et d’accès aux études, etc.) qui court-circuitent les meilleures volontés.  Il y a aussi le ‘destin’.  Pourquoi un enfant développera-t-il une leucémie ou un cancer à un âge précoce ?  Pourquoi une personne adulte devrait-elle mourir à trente-cinq ans, à quarante ans, ‘à la suite d’une longue et pénible maladie’ comme on le dit par euphémisme ?

 

Pourquoi certains ont-ils tout qui leur a réussi tout le temps ?  D’autres qui ratent tout, feront toujours les mauvais choix, tout le temps ?  À quoi cela tient-il ?

 

Les riches, ceux qui sont riches par tradition familiale, par héritage, par leur pugnacité à amasser une fortune, par hasard (lotto, etc.) ont évidemment le droit d’être riches.

 

Les pauvres ont-ils le droit d’être pauvres ?  Est-ce un droit d’être obligé de vivre dans la rue, à la merci de tout et de tous, sujet à des complications de santé, sujet à tomber dans la boisson et la négligence de soi ?

 

En Belgique, les socialistes ne veulent pas prendre l’argent des riches et le redistribuer.  Ce que je comprends.  Même si on accepte l’axiome de ‘la propriété c’est du vol’ (comme aurait dit Proudhon jadis), voler des biens ou des capitaux à ceux qui en ont trop, ce serait un vol manifeste.  Et, le voler pour le redistribuer aux pauvres, serait une aberration politique car il serait dès lors justifié de dire que le choix de la pauvreté (le droit à la pauvreté) serait récompensé par une compensation de l’État redistribuant ce qu’il aurait chipé aux nantis.

 

Mais, je suis peut-être niais.  Si on ne peut pas prendre chez les riches pour donner aux moins riches, l’État ne pourrait-il envisager que les riches contribuent aux charges de l’État d’une manière égalitaire ?  Égale ?  C’est-à-dire en fonction de leurs revenus et de leur fortune ?

 

Dernièrement, certains (des libéraux qui en général préfèrent que les plus démunis contribuent proportionnellement le plus aux déficits budgétaires et aux restrictions) ont parlé de ‘saut d’index’.  D’autres (les socialistes, pas plus futés, d’ailleurs) ont eux parlé d’augmentation de la TVA.

 

Sauts d’index et augmentation de la TVA touchent essentiellement les petits revenus par le biais d’une augmentation de l’assiette fiscale du ménage pour les consommations courantes, plus importante quand on dispose de petits revenus ; et, en proportion de leurs revenus, ces mesures touchent par contre très peu les riches, ils ont bien plus de ‘mou’ compte tenu du gouffre entre les capitaux qu’ils gèrent et ce que gère une famille monoparentale ou à bas salaire(s)’.

 

La Belgique me fait un peu penser à la Grèce.  Car ici aussi, on n’y taxe ni la richesse ni les apparences de richesse (piscines, yachts, villas somptueuses, collections d’œuvres d’art privées), ni les revenus de la richesse (participations dans des entreprise du type de sociétés anonymes, ‘stock options’ – cf. celle de Dehaene il y a quelques mois - émoluments plantureux pour des postes d’administrateurs dans des entreprises).

 

Mais cette façon de voir des socialistes qui ne veulent pas taxer le Capital (au sens où l’entendait ce bon vieux Marx) tient peut-être au fait qu’il y a pas mal de cumulards dans ce parti, siégeant dans des entreprises publiques, des entités ou créations communales ou provinciales, des sociétés de logement ou autres sociétés parfois faites sur mesure pour planquer un petit copain ?

 

La vie est donc belle en Belgique.

 

Pour les riches en premier lieu, pour les petits copains politiques (il y en a évidemment dans d’autres partis puisque par la force des choses, on gouverne par coalition ici-bas) planqués dans des cumuls rémunérateurs, pour les patrons de grosses entreprises (on sait que le contrôle fiscal est quasi nul pour les entreprises, à peine un ou deux pour cent des déclarations fiscales d’entreprises font l’objet d’un contrôle de temps en temps), pour ceux qui sont gros actionnaires de sociétés anonymes ou bénéficient de plantureuses stock options ou de participations en actions à l’issue de chaque cycle annuel, pour ceux qui réalisent de beaux bénéfices lors de transactions commerciales (vente de stock options) ou boursières, pour tous ces commerçants du secteur Horeca qui préfèrent ne pas donner de souche TVA quand c’est possible, pour tous ces praticiens de professions dites ‘libérales’ dont des statistiques publiées de temps à autre indiquent clairement qu’ils constituent une sorte de sous-prolétariat (au sens où l’entendait ce bon vieux Marx) tant leur niveau de revenus est affreusement bas, pour tous ces électriciens et plombiers, maçons, plafonneurs et autres corps de métier du bâtiment venant faire de petits travaux ou des réparations chez des particuliers et qui, autant que possible, préfèrent un paiement sans facture, histoire d’épargner la TVA (pas aux consommateurs de services).

 

Un exemple récent de fraude à une échelle vertigineuse.  Un fournisseur de bière en gros de la région de Waarschoot fait l’objet d’une enquête pour fraude à la TVA.  Il aurait livré de la bière sans ristourner la TVA au Fisc, à des milliers de patrons du secteur Horeca en Flandres occidentale et orientale.  Que dit à ce sujet le représentant du secteur Horeca pour la Flandre : « Mais ce sont maintenant d’énormes montants qui sont réclamés {par le Fisc, of course}.  Les patrons de café n’ont pas mis cet argent en poche : l’argent au noir est utilisé dans le secteur pour payer le personnel.  Cet argent est parti. » (De Standaard du 19 novembre 2012).

 

Je crois qu’il n’y a qu’en Belgique que de telles déclarations anti-étatistes sont possibles !  Je lis d’ailleurs que le gouvernement a décidé de surseoir de six mois à l’installation des caisses Horeca ‘intelligentes’…alors que d’un autre côté, il affirme vouloir lutter contre la fraude fiscale…

 

Car si la vie est en vérité belle pour pas mal de gens en Belgique, l’État en est pleinement fautif.  Car il n’assure pas de contrôles fiscaux adéquats pour les catégories qui sont les plus susceptibles de fraude ou d’évasion fiscale.  Il n’y a pas en Belgique d’intérêt réel pour la lutte contre la fraude, les détournements fiscaux et les abus de ce type.

 

Je viens de lire que près de 80 des Belges seraient pour l’instauration d’une taxe sur la richesse.  Pourquoi nos représentants politiques au gouvernement n’écoutent-ils pas les bons conseils ?  Eux qui ont tout de même été élus par ces voix et qui sont somme toute des « représentants de la Nation » ?

 

Si toutes les personnes en Belgique qui devraient être taxées en fonction des travaux effectués ou de services rendus l’étaient en réalité, si on prévoyait un minimum de, disons 10 % de taxe sur la richesse et les revenus de bénéfices réalisés en provenance d’opérations financières et boursières, si on se mettait à traquer les entourloupettes et paradis fiscaux, les brassages de participations aux bénéfices d’entreprises en actions ou stock options, si on instaurait les caisses intelligentes dans le secteur Horeca d’urgence, si on surveillait un peu mieux les revenus des professions libérales, devrait-on discuter durant 40 jours pour boucler un budget ?

 

Non !

 

L’argent irait après tout là où il doit aller et immédiatement, à la source : dans les caisses de l’État !

 

Et on reparlerait enfin de solidarité.

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