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15/04/2012

Nostalgie des SS à Riga en Lettonie

La journée est festive malgré le ciel gris et bas.  De jeunes et jolies jeunes filles ont des bouquets de roses qu’elles distribuent bientôt à des gentlemen âgés et solennels, arrivant, rang après rang en une longue procession.  De nombreux drapeaux nationaux sont tenus par de jeunes gens, d’une façon héraldique et cérémonieuse, formant une double haie d’honneur.  Les hommes âgés – certains portant un uniforme brun de nature inconnue –  défilent, accompagnés d’adultes, de jeunes gens.  Ils chantent un air obsédant.  Il y a une atmosphère de joie, d’accomplissement, de bons souvenirs.  Il y a aussi un feeling général de communauté et de dessein.

 

Ces hommes savent pourquoi ils sont ici.  Ils trouvent du plaisir à se remémorer ce qu’ils furent capables d’accomplir.

 

Ce sont d’anciens combattants unis dans la conviction qu’ils ont combattu pour préserver l’indépendance et l’honneur de leur patrie de naissance lettone.

 

Nous sommes le 16 mars 2012 à Riga. Un temps de célébration.

 

Certains de ces hommes ont combattu en Russie avant la formation officielle de deux divisions SS en 1943.  Cinq Bataillons de volontaires furent formés tôt en 1942 et furent envoyés sur le front de Leningrad (Bataillons des 21e Liepajas, 19e Latgales, 24e Talsu, 16e Zemgales, 26e Tukuma).[1] Sans doute s’agissait-il de troupes coriaces et motivées. 

 

Que firent-elles à Leningrad?   Préserver l’indépendance et l’honneur de la Lettonie.  Et, accessoirement, aider à maintenir ce terrible blocus par les nazis de cette cité culturelle de Leningrad. Aider la formidable machine à tuer nazie à affamer et bombarder une population devant survivre avec moins de 800 calories par jour ; une population n’ayant plus eu de système de chauffage depuis l’automne 1941.  Ces hommes, d’une manière minime mais significative, ont ainsi contribué à tuer un million et demi de citoyens soviétiques durant le siège de Leningrad.

 

Et, avant la création officielle de deux divisions Waffen SS en Lettonie au début 1943, d’autres unités militaires ou semi-militaires, également coriaces (Schutzmannschaften, unités de Police auxiliaire – les Hiwis -, le Kommando Arājs, des groupes autoproclamés de partisans, etc.)  avaient déjà acquis une expérience militaire considérable en Lettonie en combattant des civils juifs non armés, en aidant à les déporter vers des killing zones, leur volant habits et dignité, les assemblant devant des fosses communes et aidant à leur exécution (faisant parfois une pause – comme par exemple pour l’Oberscharführer Carl Emil Strott – afin qu’il prenne des photos de massacre à Skēde dans la région de Liepaja).

 

Et, après la formation des réputées et décorées Légions Lettones incorporées dans les 15e et 19e  Divisions de Waffen SS en 1943, nombreux furent ces hommes dotés d’une expérience militaire préalable, acquise en combattant des Juifs et partisans, qui rallièrent les troupes d’élite d’Hitler.[2]  D’autres, comme par exemple les 22e et 227e Bataillons de Police furent occupés ailleurs, durant l’été 1942 pour rafler les Juifs de Varsovie pour la déportation vers Treblinka, ou, plus tard en avril/mai 1943 pour réprimer la révolte du ghetto de Varsovie.[3]

 

Le 16 mars est la journée des Légionnaires en Lettonie.  Et, ces merveilleux combattants sont bien considérés et respectés en Lettonie, maintenant état membre de l’UE.

 

N’était-ce pas le Président, M. Andris Berzins, qui, le 28 février 2012, déclara sur la chaîne LNT TV  que “la nation devrait saluer les vétérans des Waffen SS, beaucoup d’entre eux étant morts pour la Patrie.”

 

Les soldats des Waffen SS ont juré un serment d’« obéissance » à Hitler.  Ces hommes formaient le bras armé du régime nazi, la garde personnelle d’Hitler, les défenseurs et propagateurs des idées qu’il décrivit de manière si précise dans Mein Kampf.  Deux d’entre elles traitant de sous-races, les Juifs et les Slaves: des Untermenschen. Devant être éradiqués à tout prix.

 

Certains diraient, d’une façon un peu naïve, que les Légionnaires lettons n’ont pas participé aux massacres de Juifs, de citoyens soviétiques et de tout ce qui de près ou de loin puait le communisme.

 

Bien.  Qu’il me suffise de dire que la SS a été déclarée organisation criminelle dans sa totalité par les procès de Nuremberg de 1945/1946.  Et, hormis les représentants de Staline (suspectés d’avoir eu des préjugés), il y avait des juges de pays démocrates tels les États-Unis, le Royaume-Uni et la France, de même que des observateurs d’autres nations alliées.  Cette sentence d’activité criminelle inclut les soldats des Waffen SS.

 

Et, de plus, même si les Waffen SS lettons n’ont pas participé à l’extermination de civils juifs et soviétiques – une affirmation loin d’être prouvée -, le fait qu’ils combattirent si bien (le plus grand  nombre de décorations fut attribué aux hommes des 15e et 19e Waffen SS parmi tous les volontaires SS d’Europe), et durement, créa les conditions pour prolonger la guerre, créa les conditions idéales pour que la machine à détruire bien huilée d’Himmler pût envoyer plus de Juifs belges, hollandais, français, hongrois, italiens, slovaques, entre autres, vers les chambres à gaz de Birkenau ou d’ailleurs.  Avec des millions de vies perdues.

 

Et, je puis être naïf mais maintenant que la CE a mis son Rapport sur la Lettonie en ligne le 21 février 2012, condamnant fermement la marche annuelle à Riga en l’honneur des Légionnaires (SS) lettons, pourquoi les parlementaires européens restent-ils silencieux au sujet d’un état de l’UE honorant des soldats qui, directement ou indirectement, ont pris part à un mécanisme ayant contribué à des crimes contre l’humanité et au génocide?

 

Et, aussi, pourquoi, exception faite d’individus et d’organisations juifs et russes, y a-t-il aussi peu de réactions d’intellectuels de pays de l’Europe de l’Ouest?

 

N’y a-t-il plus d’intellectuels avec un minimum de courage en Europe de l’Ouest?

 

Ou, peut-être, le fait qu’un pays membre de  UE honore ses chers enfants de guerre d’Hitler n’est-il pas suffisamment important ou exciting pour susciter des commentaires?

 

(rem.: les photos suivantes sont de mon épouse Francine Casteels, prises à Riga le 16-3-2012 devant le Monument à la Liberté, point de ralliement de cette marche en honneur aux anciens Waffen SS lettons)

 

 

SS March 1.JPG

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