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25/03/2012

Fanatisme vs folie - amalgames, raccourcis, approximations

Les meurtres récents dont s’est rendu coupable Mohamed Merah ont suscité non seulement l’indignation populaire mais ont réussi à produire nombre d’amalgames et de raccourcis intellectuels, de déclarations de psys et d’approximations journalistiques, sans compter qu’il a fallu assister, presque en retransmission synchrone, à des déclarations de responsables politiques qui n’avaient rien trouvé de mieux à faire que de codiriger ce qui, au fond, aurait dû être une intervention de répression policière, à savoir le Fort Chabrol qu’on a connu ces 21 et 22 mars  dernier.

 

Quelles leçons tirer de tout cela ?

 

L’Antisémitisme

Après l’assassinat – de sang froid – d’un rabbin et d’enfants juifs, on a tout de suite qualifié le tueur d’antisémite.

 

Sémite se dit (cf. Petit Robert) « des différents peuples provenant d’un groupe ethnique originaire d’Asie occidentale et d’Afrique, présentant des caractéristiques communesles Arabes, les Ethiopiens, les Juifs sont des Sémites ».

 

Donc, dès le premier meurtre d’un militaire d’origine maghrébine, on aurait pu – à juste titre – parler d’acte antisémite.  Depuis la Shoah, il semble que l’ensemble des gens mais en cela y compris les journalistes, qui sont tout de même censés savoir de quoi ils parlent, utilisent abusivement ce mot d’antisémite pour désigner les seuls actes ou idées contre les Juifs ou Israéliens.

 

La Folie

‘Tueur fou’.  ‘Fou de Dieu’.  On a tout de suite entendu, à l’invitation des chaînes françaises, des psys venir d’emblée et sans même savoir de quoi ils parlaient décrire le profil du tueur ‘antisémite’ (qualifiant les seuls meurtres perpétrés dans l’école juive), parodiant ce qu’enseigne le FBI dans ses cours aux profileurs.

 

Qu’est-ce que la ‘folie’ selon le Manuel alphabétique de Psychiatrie Clinique et Thérapeutique du Dr. Antoine Porto (PUF – 1965) ?  « Il s’agit d’une expression ancienne et générale servant à désigner tous les dérèglements de l’esprit.  Cette appellation visait surtout les manifestations extérieures des désordres mentaux, leur apparence immédiate, à une époque où l’on n’avait pas encore pénétré leur mécanisme de production, leur conditionnement organique ou leur déterminisme psychologique, leurs formes évolutives. »

 

Que dit le Petit Robert ?  « Altération plus ou moins grave de la santé psychique, entraînant des troubles du comportement. »

 

Il y a évidemment des fous parmi les criminels, l’exemple typique c’est Ted Bundy qui était incapable de résister à ses fortes pulsions sexuelles, faisant en sorte qu’il se jetait sur de jeunes adolescentes, abusait d’elles puis les tuait.  Personnellement, je considère tous les pédophiles comme des cinglés.  Il faut l’être pour faire ce qu’ils font.  Mais n’oublions pas qu’une échelle de valeurs différente des nôtres peut aboutir – actuellement – à ce que des gays soient considérés comme anormaux (donc fous dans certaines acceptions) par certains fanatiques musulmans qui vont jusqu’à les tuer.  Ou tuer des jeunes filles qui n’acceptent pas une union maritale forcée, ou des femmes qui se seraient méconduites…

 

Le Comportement

Tout réside donc dans la notion de comportement, notion vague et qui, à mon sens d’amateur éclairé, dépend de la conscience collective, de la génétique en nous, des acquis sociaux, éducatifs, ceux de l’expérience et qui doit également être tributaire de la personnalité intrinsèque (le ‘caractère’), des goûts et dégoûts.

 

On considère généralement que quelqu’un qui se comporte comme tout le monde est normal.  Que quelqu’un qui ne détonne pas est ‘normal’.  Toutefois, ces comportements normaux sont culturels.  Quand un Asiate est mal à l’aise, il sourit ; même si on lui annonce une très mauvaise nouvelle ou si on l’insulte. Ce sourire nous rend perplexes, nous Occidentaux ; il ne représente pourtant qu’une expression faciale d’incompréhension, de refus, que nous ne comprenons pas.  Les Chinois et les Vietnamiens mangent du chien.  Cela nous dégoûte, nous Occidentaux.  Sont-ils fous pour autant ?  Les Juifs se déchirent les boutons des vêtements après un deuil et restent 7 jours à faire le deuil, souvent assis sur une chaise, mangeant et buvant peu.  Sont-ils fous ?  Certains hommes musulmans obligent leur femme à se voiler la face ou, parfois, le corps entier.  Certains prônent qu’une femme n’a pas le droit à l’éducation ni à la liberté de sortir de chez elle non accompagnée.  Ces valeurs sont évidemment aux antipodes de nos valeurs fondées sur la « Déclaration universelle des droits de l’Homme ».  Ces hommes sont-ils fous ?

 

Le problème c’est que parfois, certains jeunes gens, guidés par une idéologie d’origine religieuse bien ou mal interprétée peu importe, décident que tous ceux qui ne respectent pas leur conception des valeurs humaines sont des infidèles, des ennemis, poussant quelquefois le raisonnement au point de vouloir ‘détruire’ ces ennemis.  On ne les qualifie pas de fous, mais ce sont incontestablement des fanatiques.

 

Le fanatisme

Que dit le Petit Robert à cet égard ?  « Foi exclusive en une doctrine, une religion, une cause, accompagnée d’un zèle absolu pour la défendre, conduisant souvent à l’intolérance et à la violence. »

 

Faut-il un dessin pour savoir ce que sont des fanatiques ?  Depuis près de 50 ans avec la recrudescence de mouvements d’émancipation souvent d’origine musulmane, nous avons appris à vivre avec des fanatiques qui effectuent des prises d’otage, des meurtres sélectifs ou de masse, qui se font sauter avec une bombe ou une voiture emplie d’explosifs.  Avant eux il y avait déjà eu les pilotes japonais se sacrifiant avec leur avion en plongeant sur un bateau américain, puis du temps du Vietnam, les charges de kamikazes du Vietminh ou du Vietcong contre les positions françaises ou américaines, puis lors de la guerre entre l’Irak et l’Iran, les charges d’enfants iraniens qu’on envoyait au meurtre programmé à l’assaut des tranchées irakiennes…

 

Criminel

Ici, pas besoin de dictionnaire, un acte criminel est un acte qui contrevient aux dispositions légales ou morales (tu ne tueras point… par exemple), les plus courants étant le meurtre ou l’assassinat, les voies de fait, viols, atteintes à l’intégrité physique ou mentale de mineurs d’âge, vols, agressions caractérisées, etc.

 

Pourquoi faut-il, soit dans le langage populaire, soit dans la presse écrite ou télévisée, qu’on qualifie aussitôt de ‘fou’ quelqu’un qui transgresse ces interdits sociétaux ?  Comme on l’a fait avec Breivik, Mohamed Merah.  Pourquoi ne pas accepter que certains criminels, même notoires, ne sont après tout que des criminels ?  Et, souvent, pour des criminels et encore plus pour des avocats-vedettes, plaider la folie, fût-elle instantanée au moment où les actes criminels ont été commis, est une manière de faire échapper un client à une longue peine de détention, le coupable n’étant du coup plus coupable du tout mais momentanément dérangé, donc soignable, donc guérissable. Mais, surtout, échappant presque par miracle aux rets pénitentiaires.

 

Faut-il, lorsque nous sommes ahuris par la violence meurtrière de certains actes que nous ajoutions l’épithète ‘fou’ à celui trop réducteur du seul ‘meurtrier’ ?  Ne sommes-nous donc plus en mesure de différencier un fanatique – aussi violent, meurtrier, insensible, fût-il – imbu de ses convictions au point de tuer autrui, d’un véritable cinglé ?

 

Raid/GIGN

Sans être un spécialiste d’antiterrorisme mais ayant lu ma dose d’ouvrages sérieux sur des services antiterroristes tels les SAS britanniques, le SGS allemand et admiré certains exploits du GIGN (lors de la libération des otages à bord d’un avion de ligne, notamment), j’ai été effaré de voir la manière dont les membres du Raid se sont lancés à l’assaut de l’appartement qu’occupait Mohamed Merah, en plein jour, munis d’échelles !

 

Je me souviens des images de la libération d’otages détenus dans une ambassade arabe à Londres, effectuée par des hommes des SAS mais filmée en direct.  Ces experts du contreterrorisme ont attaqué de nuit (munis de lunettes à vision nocturne, ils sont descendus du toit en rappel, ont fait exploser les vitres, puis ont saturé les pièces de tirs précis, chirurgicaux.  La doctrine en la matière veut en général qu’on attaque quand le tonus mental du ‘terroriste’ est au plus bas, soit entre 3 et 5 heures du matin.  Onze heures vingt me paraît aberrant.

 

Sans être spécialiste mais connaissant un brin de cette matière qui m’a toujours intéressé depuis les premiers détournements d’avion fin des années 60 et les attentats des J.O )à Munich en 1972, je savais qu’il y avait des gaz incapacitants, et je me suis aussi posé la question, pourquoi envoyer des grenades lacrymogènes, pourquoi vouloir creuser un trou dans un mur alors que le plus simple aurait été de faire exploser la porte d’entrée de l’appartement avec une charge à explosion limitée puis de saturer l’appartement de gaz incapacitant.

 

Et, se pose la question, voulait-on vraiment le capturer vivant et entendre la propagande qu’il n’aurait pas manqué de faire au cours du procès ?  N’y a-t-il pas eu des ingérences politiques préjudiciables au bon cours d’une opération de répression policière ou antiterroriste ?

04/03/2012

La vieillesse vue par Roland Binet

 

Il semble, maintenant que j’ai atteint l’âge de la pension, que les marches d’escaliers me sont plus faciles à grimper.  Mes parents ne m’avaient nullement préparé aux exercices physiques.  En effet, ils avaient généralement loué des appartements au rez-de-chaussée, ce qui m’épargnait ainsi les efforts physiques.  Actuellement, comme j’habite dans une grande maison avec ma mère de 90 ans vivant au rez-de-chaussée et que j’occupe une partie des rez, 1er et 2e étages, je fais allègrement – à 67 ans - vingt/trente ou quarante étages par jour, sans essoufflement ni crises cardiaques.  Au-dehors, j’ai pris l’habitude parfois quand il y a de longues volées de marches, de les prendre deux ou trois à la fois.  Dans ma jeunesse, eussé-je essayé cela, je me serais retrouvé aux urgences.

 

L’époque est arrivée où je puis enfin lire les notices de médicaments, aux caractères si petits, sans lunettes et à une distance normale.  Dans ma jeunesse ou plus tard lors de mon premier mariage, je devais me faire aider et les faire lire à haute voix.  Je lis actuellement journaux et livres sans lunettes et ne mets plus mes lunettes de myope/astigmate que pour conduire et sortir de chez moi.  Quelle différence par rapport à ma jeunesse quand, par vanité, je ne portais pas de lunettes et ne voyais ainsi presque pas ce qui était écrit au tableau (recopiant ce qui y avait été écrit par mes condisciples assis de part et d’autre de moi).

 

Quand je regarde la télévision ou que j’écoute la musique, j’ai pris l’habitude à présent de baisser le son.  Quand j’étais jeune, j’écoutais tout à fond d’ampli ; actuellement lorsque je me rends chez ma mère qui regarde la télévision, la première chose que je fais c’est de prendre sa commande à distance et de baisser le son de 50 % au moins !

 

Les distances sont devenues plus courtes, les côtes moins dures depuis que je suis devenu un pensionné.  Dans ma jeunesse à Bruxelles, je ne marchais pas, je prenais le bus ou le tram, plus tard la voiture.  Maintenant, je fais parfois des marches durant des heures pour le fun.  Lorsque je pars en excursions, je marche parfois des heures durant sans faire de pauses-bistrots sauf pour les besoins urgents car j’ai remarqué, heureusement, que ma vessie et ma prostate fonctionnent bien mieux que du temps de ma jeunesse insouciante à cet égard.

 

Quand j’étais jeune et plus tard durant mon existence professionnelle de fourmi ouvrière (privé et administration), j’étais tout le temps malade. Je prenais des antibiotiques trois ou quatre fois par an. Maintenant que je ne dispose plus de ‘stock de jours de maladie’, je ne suis plus jamais malade.  Je n’ai jamais de rhume, jamais de grippe, jamais d’embarras gastriques.  La seule vraie différence par rapport à ma jeunesse, c’est qu’actuellement, je sais parfaitement ce que sont des vertèbres, des douleurs lombaires, des torticolis, des névralgies d’origine lombaire, des épaules gelées, des tendinites de l’épaule ou du genou, des crampes nocturnes, domaines qui m’étaient parfaitement inconnus dans mon jeune temps.  Comme quoi avec l’âge, on acquiert des connaissances sans effort apparent.

 

Quand on est jeune et qu’on est un mâle, on pense tout le temps aux filles, au sexe.  On y consacre une énergie et un temps fous.  L’un des avantages de la pension, c’est de consacrer l’essentiel de son énergie aux choses de l’esprit.  Bref, on a fait la part des choses !  Maturité aidant !

 

Naturellement, les gens vieillissent autour de moi.  Je suis souvent gêné de devoir admettre ne pas avoir reconnu une personne que je fréquentais souvent il y a des décennies alors qu’elle m’a reconnu sans hésitation.  C’est un peu comme si le temps était passé normalement pour les autres et qu’il s’était arrêté pour moi.  Il est normal de vieillir me semble-t-il ; la seule question que je me pose, pourquoi ces gens doivent-ils m’affliger de leur déconfiture physique en se présentant à moi dans cet état ?  Du coup, j’en viendrais à penser qu’un tel phénomène de déliquescence liée à l’âge et à la condition humaine pourrait s’appliquer à moi également par effet – pervers – de ricochet !

 

Maintenant que je suis du 3e âge (certains diraient 4e âge), je sais causer, je sais tenir une conversation et c’est peut-être la raison pour laquelle on nous invite si peu.  Quand je suis remonté et qu’on discute de quelque chose que je connais bien, il n’y a plus place pour autrui ou d’autres arguments.  Je suis plus spécialisé que les spécialistes dans n’importe quelle matière y compris la médecine, la sociologie ou les langues étrangères ! Quand j’étais jeune, j’aurais été incapable de tenir le crachoir comme cela des heures durant !  Comme quoi la vieillesse a quelquefois du bon !

 

Ah oui, un autre grand avantage de la vieillesse, c’est que je trie.  Tout livre entamé qui ne me satisfait pas au maximum après 60 pages, je le jette.  Toute musique sur CD qui ne m’apporte plus de plaisir, je la jette.  Tout ami, toute connaissance, qui ne réussit plus à m’apporter un quelconque plaisir en termes d’amitié, je l’expurge de mon carnet d’adresses et de souvenirs.  La jeunesse, ce n’est pas le temps des choix, c’est le temps des contraintes. On cherche à se fondre dans le même moule abrutissant.  La vieillesse, c’est le temps de la liberté recouvrée, des vrais choix !  Même si, au fond, cela signifie qu’on fréquente moins de gens, mais vu leurs qualités, on y gagne au change.

 

Quand j’étais jeune, j’étais égoïste, je ne pensais qu’à ma propre petite personnalité sans envergure.  Maintenant, que j’ai pris de la bouteille, je pense au sort du monde, au sort de l’humanité, j’œuvre pour une ONG humanitaire.  Je suis devenu un maillon d’une longue chaîne humaine alors que jeune j’étais un individualiste narcissique.  Je donnerais ma vie pour une cause, pour autrui.  Évidemment, comme je suis plus difficile, il faudrait qu’elle me plaise sérieusement cette cause ou que cet autrui en vaille la peine !

 

Lorsque je faisais mes premiers pas dans la vie, des noms de pays, de continents, n’étaient pour moi que des concepts de géographie.  Maintenant que j’ai visité plus de 50 pays sur 4 continents, je pourrais donner des cours sur certains des pays que je connais et que j’admire le plus.

 

À qui puisque plus personne n’accepte de me fréquenter ?

 

                                                                       *

 

Texte inspiré très librement de ‘la vieillesse vue par Philippe Noiret’.

 

 

15:44 Publié dans Perso | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vieillesse