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15/08/2011

Mon cher Karl Marx, tu as eu tout faux !

« C’est penser qui fait un homme.  Les idées nous rendent responsables l’un de l’autre.  La majorité des gens porte des lunettes à verres teintés d’argent.  Ils pensent qu’ils peuvent mettre l’existence dans un portefeuille. »

-       Walter Mosley, dans « Walking the Dog ».

 

 

Il y a de ces phrases magistrales qui font rêver.  N’était-ce pas Karl Marx lui-même, tellement décrié actuellement mais qui, de son temps, s’était révolté contre l’emprise que l’économie dont les leviers majeurs se trouvaient aux mains d’une minorité de capitalistes avides (cf. « mettre l’existence dans son portefeuille ») avait sur les classe laborieuses ?  Classes laborieuses qui, à cette époque-là, devaient fournir leur matériau humain (hommes, femmes, enfants, vieillards, malades, mourants, sans exceptions) au Totem de l’argent, parce que, à cette époque bénie, ces fourmis à faciès humain n’avaient d’autre recours pour subsister et survivre que d’accepter l’inacceptable.

 

Heureusement, à la suite de vos divagations, mon cher Karl Marx, et après des expériences de marxisme malheureuses tant en URSS, en Chine ou au Vietnam, nous vivons maintenant dans des sociétés humaines d’où ont disparu toutes ces tares d’exploitation de l’homme par l’homme, de travail dans des conditions inhumaines, sans sécurité sociale, sans protection contre les accidents ou les maladies induites par des conditions peu saines.

 

Et, parallèlement, car le progrès ne saurait être limité uniquement à des conditions physiques de travail, grâce aux avancées sociales, économiques et psychologiques que la majorité des pays du monde ont connues par opposition à votre doctrine chérie, mon cher Karl Marx, on a chassé le matérialisme loin de nos cœurs et de nos cerveaux.  En bref, actuellement, en cette glorieuse année de 2011, nous sommes devenus des idéalistes animés d’un messianisme à toute épreuve.

 

La misère, les injustices sociales, les famines, les maladies infantiles, les épidémies, les pandémies, les grands fléaux économiques, ayant été éradiqués un peu partout dans le monde, les êtres humains peuvent enfin se concentrer sur l’essentiel : l’auto-épanouissement, la connaissance de soi, l’acquisition de connaissance et de culture, l’amour et l’entraide universels. Le partage entre frères humains !   À tel point que l’on est en droit de se demander, à juste titre, pourquoi des politiciens, des leaders politiques, des partis, des mouvements, sont-ils bien nécessaires.

 

Karl Marx, mon cher, tu as eu tort !  Tu t’es trompé de scénario et de casting.  Tu as eu tout faux.  N’inquiète, mon cher Marx !  Tout baigne ici-bas, aucune misère à l’horizon, pas de grands fléaux dévastateurs de couches entières de populations paupérisées mourant dans d’atroces souffrances de faim, de fièvre ou de diarrhée sanglante.  Mon cher Karl Marx, tu as prôné dans un désert.  Toi, qui te prenais pour le nouveau Moïse ou pour Jésus venu ici-bas en Europe pour améliorer nos conditions d’existence, tu ne savais pas, dans ton ignorance due à tes lunettes aux verres teintés d’idéalisme mal placé, de zèle tapageur, que notre génie humain résoudrait d’emblé la plupart des problèmes terrestres bien avant qu’ils ne se présentent à nous.

 

Ainsi, n’y eut-il pas les patrons qui, d’initiative et sans contrainte syndicale et/ou politique quelconque, proposèrent d’emblée et ce dès l’entame de la première mi-temps du 20e siècle, la semaine des 5 jours, les journées de 8 heures, les vacances annuelles, les primes de fin d’année ainsi que des fonds de pension gratuits ; et puis, cerise sur le gâteau : l’intéressement des travailleurs, c’est-à-dire que les représentants des ouvriers avaient voix égale au C.A. au même titre que les patrons.  Patrons 1 – Karl Marx 0.  Certes, au début du 20e siècle, années de toutes les dérives patronales, certaines de ces sangsues humaines décidèrent, lorsque leurs bénéfices piquaient du nez de délocaliser  leurs industries, c’est-à-dire de les transporter en tout hors de leur pays d’origine afin de faire fabriquer leurs produits à coût moins élevé ailleurs.    L’opprobre phénoménal dont ces gueux de la société furent gratifiés par les populations locales fit en sorte que de telles pratiques inavouables jugées « crimes contre l’humanité des travailleurs » par la société bien-pensante, furent bien vite cantonnées là où elles le méritaient : aux oubliettes de l’Histoire de l’Homme.

 

Les fléaux de maladies infantiles ou d’autres affections mortelles, qui, jadis, tenaient l’Afrique subsaharienne et d’autres régions déshéritées du monde, dans ses griffes délétères, furent, également, facilement éradiquées.  L’Europe joua un rôle de pionnier en la matière quand l’ensemble des familles des travailleurs de ses pays mit d’emblée et d’office la main à la pâte, mettant 30 % de leurs revenus nets à disposition des pays du tiers monde et de ceux qualifiés d’émergents.  Actuellement, mon cher Karl Marx et en dépit de tout le mal que tu as pu dire du capitalisme, grâce aux capitalistes actifs et messianiques, plus aucun enfant ne meurt de faim dans le monde, de maladie infantile, de fièvre, de malaria, plus aucun adulte ne meurt du sida, plus aucun travailleur ne doit se contenter de vivre et faire vivre sa famille tout entière avec 90 centimes (d’euro) par jour.  Cela, mon cher Karl Marx, c’est du passé, un lointain passé, certes peu glorieux, certes sujet à critiques, notamment, de ta plume, mais c’est là une matière vouée aux livres d’histoire et à la mémoire à long terme des arrière-grands-parents.

 

Mon cher Karl Marx, à une époque, tu as parlé de « paupérisation croissante », expliquant par là que c’était le sort réservé à l’ensemble des familles des travailleurs dont la valeur ajoutée à la production axé sur leur forcené labeur ne voyait aucune équivalence en retour sous forme de salaire décent.  Ils turbinaient donc mais n’en recueillaient jamais les fruits.  Grâce à cette espèce de vertu essentielle de bienfaisance messianique dont la plupart des patrons étaient imprégnés, dès le début même du 20e siècle, l’intéressement des travailleurs alla of course  de pair avec des hausses salariales significatives régulièrement accordées sans même qu’un syndicat ou des éléments revendicateurs ne doivent en faire la demande.  Les patrons avaient tout de suite compris qu’il était impératif pour eux, afin de conserver l’élément moteur de leur production (le prolétariat, cher à ton suiveur Lénine, mon cher Karl Marx), de se rallier la sympathie de leurs ouvriers associés.  Là où une femme garde son mari par le biais d’un estomac bien rempli, les patrons jugèrent nécessaire de garder leurs ouvriers via une escarcelle bien nantie.  Qui dit escarcelle bien remplie dit familles et enfants heureux, comblés, personnes sans soucis.  Et qui dit personnes sans soucis (majeurs) dit en l’espèce que ces personnes peuvent passer l’essentiel de leur temps à la satisfaction de leurs intérêts culturels, sociétaux propres.  Quand, dès la seconde mi-temps du 20e siècle, la majorité des populations des pays les plus riches, puis, petit à petit, par un sentiment d’émulation bien placée, les pays plus appauvris, arrivèrent à ne plus penser qu’à la culture, à l’auto-épanouissement par l’exemple, à l’enrichissement psychique personnel, à la destruction du totem doré, pour le plus grand bien de tout le monde, alors, on s’aperçut très vite que l’immense majorité des formes de gouvernement démocratiques n’eut en effet plus la moindre importance, puisque, automatiquement, les citoyens de tous les pays du monde respectaient implicitement les lois et règlements, que les crimes, délits, meurtres et entraves à l’ordre public, disparaissaient comme neige fondante, comme si le monde entier avait été immunisé par le bonheur contre ces plaies et tares d’antan.

 

Certes, mon cher Karl Marx, subsistaient encore çà et là quelques formes atrophiées d’enrichissement personnel, de corruption passive ou active, surtout dans certaines contrées africaines où les lumières du progrès antimarxiste n’avaient encore pu pénétrer.  Phénomène récurrent qui disparut  bien vite lorsque des pionniers, apôtres du capitalisme à visage humain, firent comprendre à ces perversions sociales que leur jeu devait finir et tout de suite s’il vous plaît !  Inutile de préciser, mon cher Karl Marx, car tu me traiterais de menteur, que ces rares personnes corrompues, ces brebis galeuses, mises avec leur vilain et long nez de menteurs devant les faits, reversèrent spontanément l’entièreté de leurs gains illégaux, aux caisses de leurs États respectifs.

 

Mon cher Karl Marx, je sais, tu devrais te retourner dans ta tombe à Londres, si tu voyais ce que ce monde actuel, que tu disais déliquescent, appelé à devenir la Rome décadente de notre temps, était devenu, envers et contre toi.  Car, c’est bien grâce aux ressources sociales inépuisables d’un capitalisme bien pensé, humain, respectueux des personnes et de l’environnement, ne pratiquant pas de méthodes déloyales ni illégales, ayant à cœur le bien-être et le bonheur de ses assujettis, clients ou travailleurs associés, un capitalisme qui a évolué bien en avance de son temps et, souvent, a fait preuve d’avancées sociales et sociétales spectaculaires, c’est grâce à ce monstre que tu as combattu – et que tu as presque créé de toutes pièces, aux jeton que tu es ! – que nous connaissons actuellement un sommet de progrès, de bonheur, de félicité, quasi paradisiaques, nous les quelque 6 milliards d’individus vivant sur cette magnifique Terre.

 

Honte à toi, Karl Marx !  Tu as craché dans notre plat, pour nous couper l’appétit, mais, nous, les êtres humains, nous avons démontré par nos actions altruistes que nous avons su faire face aux odieuses perversions sataniques dans lesquelles tu rêvais de nous emprisonner.  Et, vois-tu, mon cher Karl  Marx, hormis la Corée du Nord qui croit encore en ton discours creux dur et pur, nous qui habitons dans tous les autres pays à l’heure actuelle, nous crachons sur ta tombe car, tel un Mathusalem, tu nous avais promis un  jardin d’épines, mais, mon cher Karl Marx, nous avons éradiqué les épines bien à temps et cueilli les roses de notre monde, roses qui ont été distribuées à tous les habitants de notre glorieuse planète, sans discriminations de race, de langue ou de classe.

 

Repose en paix, mon cher Karl Marx !  Je ne t’en veux pas.  Ce que tu avais imaginé et tramé contre nous, c’étaient des illusions de paranoïaque et c’est là la leçon que nous retirerons : ne croyez jamais ceux qui vous promettent des épines, gardez à l’esprit que la rose – fût-elle éphémère – s’épanouira tôt ou tard et que tôt ou tard, quelqu’un la cueillera, la mettra dans un vase et sourira à cette vue, symbole absolu de notre bonheur universel.

16:59 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : marx, capitalisme

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