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14/08/2017

TRUMPIPHANIES 3

TRUMPIPHANIES 3

 

Le président Trump qui n’a jamais fait dans la dentelle et qui tombe facilement, d’un point de vue vocal ou par tweets nocturnes, dans l’invective, l’insulte et l’hyperbole populistes, a, cette fois-ci à l’occasion de la manifestation autorisée de néo-nazis, membres du Ku Klux Klan et autres engeances suprématistes très white trash à Charlottesville, réussi à englober dans sa condamnation de la violence et de la haine, les gens de tous bords {terme qu’il a répété pour bien montrer qu’il ne faisait aucune différence entre fascistes et contre-manifestants épris de démocratie}, évidemment sans expressément condamner ces types de l’extrême droite bornée, raciste, xénophobe et fasciste, qui défilaient comme la Constitution US le leur permet.

 

On le comprend, le pauvre. Il a été élu grâce à ce don qu’il a pour l’hyperbole, pour la réduction au plus petit commun dénominateur populiste de certaines idées-phares et souvent à tendance purement racistes et haineuses, comme par exemple les propositions qu’il défend à l’encontre des Mexicains et Musulmans.  Lors de sa campagne, il s’est distingué non pas par son langage châtié ou ses bonnes manières, plutôt par ses reparties, insultes et idées en l’air souvent racistes, toujours placées pour rabaisser un opposant politique – voire même un concurrent de son propre parti -, mais inexorablement inspirées par un profond manque de respect de la personne humaine et dont la source d’inspiration idéologique, à proprement parler intarissable, c’était ce remugle issu de l’Amérique profonde des Blancs désillusionnés, laissés de côté ou dézingués de leur boulot, ces Blancs à la mentalité proche des white trash, des Hillbillies {voir à ce sujet l’extraordinaire ‘Hillbilly Elegy’ que J.D. Vance leur a dédié}, dont sont issus ces mouvements ‘anti’: anti-Washington, anti-état fédéral, mais également, anti-Noirs, anti-Mexicains, anti-Chine, etc., ainsi que ces mouvances du KKK, néo-nazies partisans inconditionnels de la suprématie blanche qui, au fond, n’ont jamais accepté leur défaite d’États sudistes lors du conflit qui vit la victoire des Yankees du Nord et de cet homme qui – à leurs yeux – représentait tout le mal dont souffraient les USA: le président Lincoln.

 

Trump a été élu grâce à ce don pour la haine et l’agression verbale, qui lui collent à la peau mieux qu’un compte en banque; Trump a été élu grâce à cette propagande raciste généralisée dans certains cercles et médias proches de la droite qui, durant 8 années de mandat, a fait d’Obama, le représentant noir, éduqué, distingué, racé, de l’Est intellectuel, le symbole même de tout ce qui aux antipodes de ce petit monde blanc, borné, aveugle et sourd à la démocratie, au progrès, aux bienfaits de l’éducation, de ces petites gens qui ne sont jamais sorties de leur trou villageois sauf pour aller se battre au Vietnam ou en Afghanistan ou en Irak et qui le firent sans avoir aucune notion ou idée ou envie de connaître quoi que ce soit de la culture du pays où ils se trouvaient et encore moins de la langue des gens qu’ils combattaient. Des ignares armés de leur étroitesse d’esprit tirant sur tout ce qui bougeait et était étranger à leur monde de troglodytes du 20ème siècle. Trump a été élu grâce à des slogans souvent misogynes, tout le temps racistes et xénophobes, grâce à l’appui de ces masses blanches paupérisées par la globalisation et les lois du marché, des masses blanches qui virent en un président noir la source de tous leurs malheurs et qui virent en un candidat blanc, milliardaire, grosse gueule et facile à comprendre car maniant une lange enfantine, la solution de tous leurs problèmes.

 

Que l’objet de la manifestation autorisée de Charlottesville ait été la statue de Lee, ou, ailleurs, le retrait d’un drapeau confédéré, ne change rien au fond du problème qui est qu’aux États-Unis il y a toujours eu des mouvances nazies ou néo-nazies, le KKK, et d’autres groupes qui détestent Washington, les taxes et les pouvoirs fédéraux.

 

Vois ces têtes d’abrutis défiler en uniforme facho et armés sur la voie publique n’est pas l’image que nous avons en Europe du droit et de la liberté de penser et de manifester en public son opinion. Il y a là des relents qui font penser aux défilés de chemises brunes ou noires des années 20, 30, des effluves qui font penser aux lynchages de Noirs dans les états américains du sud, il y a là un remugle dont Trump est la source inépuisable et le fait qu’il n’ait pas immédiatement condamné, par des mots aussi forts que ceux qu’il utilisa pour condamner publiquement les ‘crimes’ de Hillary Clinton, le KKK, les néo-nazis et autres suprématistes, est la preuve que ce président américain est incapable de représenter dignement et légalement le peuple américain, qu’il n’est là que pour son ego et son narcissisme pathologiques, une aberration électorale passagère que les Américains épris de démocratie, de liberté d’opinion et de justice, auraient intérêt à dézinguer le plus rapidement possible.

02/08/2017

PASSCHENDAELE - 100 ANS

PASSCHENDAELE – 100 ANS

 

Dimanche et lundi dernier, les Britanniques ont commémoré à Ypres et au cimetière militaire britannique de TYNE COT, les 100 ans du début d’une des batailles les plus sanglantes, du moins pour les troupes ayant combattu sous l’emblème du Commonwealth puisque, sur le front du Saillant d’Ypres combattirent des Anglais, des Écossais, Irlandais, Gallois, Néo-Zélandais, Australiens, Canadiens, Sud-africains ainsi que des troupes hindoues et musulmanes d’Indes. La délégation britannique – dont les membres de la BBC ayant retransmis le tout en deux directs – comptait plus de mille personnes. Il faut dire que Passchendaele est un symbole pour le Royaume-Uni.

 

Cette bataille commença à l’aube du 31 juillet 1917 et se termina sur la crête à Passchendaele {ancienne dénomination conservée par les Britanniques, le village étant actuellement appelé Passendaele d’après la nouvelle orthographe néerlandaise}, après près de 4 mois d’intenses averses, le 10 novembre ’17. Cette 3ème offensive d’Ypres décrétée par le généralissime britannique Douglas Haig {devenu maréchal par la suite} était censée exercer une pression accrue sur les troupes allemandes sur une partie du front pour la raison simple qu’en avril 1917, à la suite d’une attaque particulièrement désastreuse en pertes humaines françaises au Chemin des Dames et dont l’auteur {qui aurait mérité la cour martiale} fut le général Nivelle, avait débouché sur des mutineries, rendues d’autant plus vivaces par les échos de révolution qui parvenaient de Russie et dont ces mêmes échos eurent une répercussion parmi les troupes belges, contribuant à la formation de ce qu’on appela le Frontbeweging, un mouvement flamand œuvrant pour des unités flamandes séparées des wallonnes et une autonomie de la Flandre. Après bientôt 3 ans de guerre et plus de 2 ans et demi de guerre des tranchées, les soldats étaient tous épuisés, démoralisés, haïssant leurs officiers supérieurs bien plus que leurs ennemis.

 

Haig s’était déjà illustré en poussant à l’offensive de la Somme en été 1916, une offensive ratée dans la mesure où les Allemands connaissaient déjà d’avance le jour, l’heure et les lieux de l’attaque. Les troupes du Commonwealth perdirent 80 000 hommes tués, blessés et disparus en un seul jour. Une erreur militaire dont ne fut jamais redevable devant une cour de justice militaire. Le général Haig {qui vivait dans des châteaux et ne visita pas une seule fois un quelconque front; il n’y a aucune photo de lui à ce sujet} et ses subalternes avaient imposé une tactique d’attaque aussi idiote que meurtrière, puisque ces divisions principalement constituées de soldats non aguerris issus de l’appel de Kitchener {your country needs you!} et qu’on appelait les ‘pal battalions’, les bataillons de copains, avaient très peu d’expérience de la guerre et de la dure réalité des combats d’attaque contre des positions bien retranchées et défendues par des mitrailleuses. Ces pauvres bougres avaient donc reçu l’ordre d’attaquer à la lumière du jour avec leur équipement complet et d’avancer au pas de marche à l’assaut des tranchées ennemies, en rangs bien ordonnés, officiers au devant et parfois un jouer de cornemuse à l’avant ou, d’autres et c’est un fait réel, poussant un ballon de foot vers les lignes allemandes! On savait pourtant en 1916 que les Allemands disposaient de quantité de mitrailleuses et que leur tactique favorite était de se retrancher dans les abris souterrains durant les bombardements, puis, dès que les tirs d’artillerie ennemie cessaient, de se repositionner dans les tranchées et d’installer les mitrailleuses. Capables d’atteindre un homme à 800 mètres et tirant des centaines de balles à la minute. Haig, dans sa folie meurtrière, avait même prévu en Somme des unités de «cavalerie» qui fonceraient à l’assaut sabre au poing et achèveraient l’œuvre de destruction de l’ennemi entamée par les troupiers. Certaines unités s’en sortirent mieux, comme la 5ème division australienne, mais elles avaient connu Gallipoli et savaient ce que c’étaient que les combats de tranchées contre des positions inexpugnables.

 

Sur le front d’Ypres, si les généralissimes et autres nullités placées à la tête des troupes du Commonwealth avaient eu le temps ou le besoin de consulter les statistiques météorologiques de Belgique, elles se seraient aperçues que juillet et l’été sont en général des mois pluvieux à la côte belge. De plus, le sol en Flandre occidentale est d’une lourdeur presque naturelle peu propice aux déplacements de troupes et transports d’approvisionnements en vivres et munitions, dès qu’il se met à pleuvoir. De plus, sur le front du saillant d’Ypres, il n’y avait pratiquement plus de végétation susceptible d’absorber l’eau des pluies. Le résultat de la folie de grandeur d’un général imbu de gloriole militaire et d’assistants à tous les niveaux d’états-majors tout aussi stupides quant aux estimations de terrain fut 250.000 tués, blessés et disparus. Des centaines d’hommes se noyèrent dans des trous d’obus gorgés d’une eau stagnante. Ce qui était un comble pour un fantassin, mourir noyé.

 

J’ai vu les commémorations organisées par le Royaume-Uni et ai admiré la prestance, la dignité, la parfaite mise en place quasi chorégraphique du spectacle de près de deux heures à Ypres et de près d’une heure au cimetière de Tyne Cot. J’ai visité ce cimetière à plusieurs reprises et y ai toujours admiré l’extrême sérénité du lieu, la beauté de ces tombes fleuries de fleurs naturelles dont des coquelicots, symbole des batailles d’Ypres s’il en est {cf. les ‘poppies’ du célèbre poème In Flanders’s Fields de John McCrae}.

 

Les discours des représentants du Royaume-Uni, dont ceux des Princes Charles et Williams et celui du Roi Philippe, étaient de nature à faire mention du nécessaire souvenir de mémoire quant au sacrifice de ces milliers d’hommes venus du monde entier, étaient également empreints de la dignité nécessaire pour rappeler aux générations actuelles – peu férues d’histoire ou connaissant si peu de ces faits sanglants - que si elles peuvent vivre librement maintenant, c’est justement grâce à ces sacrifices. Et, quand on a vu des photos d’époque, ces paysages englués de boue, ces tranchées du côté allié d’une effroyable indigence de construction ou d’entretien indignes de conditions de combat, on peut réaliser ce que ces sacrifices incluaient en termes de souffrance en cas de blessure même légère sans parler de blessures graves. Parmi les illustrations vocales à Tyne Cot, on cita pour un seul bataillon, le nombre de brancardiers tués en quelques jours {une vingtaine}. Ce chiffre donne une idée de la boucherie qui régna de part et d’autre de la ligne de front. Parfois, également, après d’âpres assauts ou d’âpres résistance à la mitrailleuse ou à la grenade offensive ou défensive, les niveaux d’adrénaline ou d’esprit de revanche étaient montés à un tel degré de fureur irrépressible que l’idée même d’épargner les vies des adversaires se rendant n’auraient même pas effleuré certains combattants ayant connu {de part et d’autre du front par ailleurs} des souffrances dont on ne peut – nous, engoncés dans notre confort matériel et intellectuel –se rendre compte. Car les dernières semaines de la bataille de Passchendaele, fin octobre/début novembre 1917, furent en fait un combat titanesque entre des troglodytes armés où ne dominait que la pensée unidirectionnelle de tuer le plus possible d’adversaires afin de rester en vie. Du pur darwinisme, survival of the fittest.

 

Ces commémorations me font penser à deux choses distinctes:

1) Mon grand-père maternel a combattu sur le front de Flandres, tout comme celui de mon épouse. Mais, d’après tout ce que j’ai lu au sujet des troupes belges, il est clair que tant le Roi Albert 1er que les officiers supérieurs de l’état-major ont toujours refusé d’envoyer des troupes belge au casse-pipe inutile comme chair à canon, et c’est tout à leur honneur. C’est dommage que lors de commémorations officielles, on ne peut restituer la vérité historique et mentionner – ne fût-ce qu’en passant – l’imbécillité des hauts placés militaires qui décrétèrent des offensives comme celles de la Somme et d’Ypres, qui, toutes deux, à l’issue de mois de combats, débouchèrent sur le gain de quelques kilomètres carrés mais engrangèrent des centaines de milliers de victimes. Pétain à Verdun avait misé sur deux aspects qui permirent – et ce fut également un horrible boucherie, rappelons-le – d’économiser autant que possible des vies humaines, une concentration d’artillerie française inouïe et une roulante quant aux troupes engagées.

(2) À Tyne Cot, tout comme au nouveau Musée de Passendaele, situé à Zonnebeke {que je conseille instamment}, il y a des tombes ou des photos de soldats allemands, ceci, évidemment dans un esprit de réconciliation européenne. J’ai moi-même visité à de nombreuses reprises et sans animosité les cimetières allemands de Flandre occidentale, ceux de Langemark et de Vladslo {dans ces deux cimetières, il y a de très belles statues, dans le dernier, un couple de parents éplorés réalisée par Käthe Kollwitz, une des grandes artistes allemandes du 20ème siècle}, ils sont très beaux, sereins, boisés à la différence des cimetières britanniques eux aérés. Mais, si ces 250.000 hommes des troupes de la BEF {British Expeditionary Force} ont été tués, blessés ou ont été portés disparus lors de la 3ème bataille d’Ypres, c’est à cause des Allemands qui, au détriment de traités internationaux, ont déclenché une guerre d’annexion et d’occupation de territoires étrangers, dont le nôtre. Si nos grands-parents ont dû passer 4 années dans la boue, côtoyant rats et poux, étant en danger dès qu’ils étaient dans les tranchées ou faisaient des corvées à portée de tirs de canons, subissant les attaques aux gaz, c’est à cause de ces Boches qui décidèrent d’envahir notre contrée, d’y pratiquer des destructions de biens, des massacres de civils belges {les exemples historiques abondent} déportèrent des gens en Allemagne ou les obligèrent à faire des travaux même parfois militaires, pratiquèrent le vol, la rançon {taxes imposées}. Bref, se conduisirent comme des barbares. Je le dis et je le répète, même si je visite à l’occasion d’un point de vue historique des tombes de cimetières de soldats allemands tombés en Belgique {dont celle du fils Peter de Käthe Kollwitz tué sur le front d’Ypres le 22 octobre 1914, se trouvant à Vladslo face aux statues représentant son père et sa mère agenouillés}, je trouve écœurant qu’il y ait quelques tombes de ces soldats occupants à Tyne Cot, des photos de soldats allemands dans la salle du souvenir du Musée de Passendaele, ou d’avoir invité le Ministre des Affaires étrangères allemand Gabriels pour déposer des fleurs à Tyne Cot. Ou d’avoir entendu un soldat de l’armée allemande actuelle disant les mots d’une lettre d’un soldat allemand à ses parents. Qu’est-ce que j’en ai à cirer si les Boches ont également souffert à Passendaele alors que mon propre grand-père souffrait dans les tranchées à cause d’eux, de leur présence sur notre territoire, de leur arrogance innée, de leurs idées de grandeur et d’asservissements d’autres peuples? Je n’ai aucune pitié pour aucune mort de soldat allemand sur le territoire belge. L’actuel Tyne Cot à Passchendaele était un lieu de bunkers allemands dominant les hauteurs et tirant sur tout ce qui approchait, c’est-à-dire en l’espèce de jeunes et moins jeunes troupes du Commonwealth, de France et de Belgique, venues dans ce lieu pourri et sanglant et d’enfer pour nous délivrer du joug boche. Et, même s’il faut pouvoir pardonner, il ne faut pas dès lors ni oublier ni dénaturer ce que fut en réalité cette sanglante 3ème bataille d’Ypres, déclenchée par des généraux qui auraient mérité de passer en cour martiale passibles de la faute de dereliction of duty {négligence dans le service ou le devoir} pour avoir déclenché de telles boucheries pour des gains de terrain dérisoires, et, d’autre part, ne jamais oublier que les Boches vinrent dans notre pays en conquérants, en barbares et n’en furent chassés que par la force, grâce, justement, aux sacrifices de pans entiers de jeunes générations du Commonwealth, de France, de Belgique, principalement.

 

J’y pense chaque fois que je regarde une tombe à Tyne Cot ou dans d’autres cimetières, notant l’âge, la date de décès, la nationalité et me disant «quelle immense bêtise, quelle immense boucherie», même si elle fut oh combien nécessaire.

 

N’oublions jamais que les soldats allemands furent les agresseurs, et non des victimes!

24/06/2017

NE PAS VOULOIR VOIR

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Certaines personnes n’aiment pas regarder ce genre de photos, prétextant d’une certaine sensibilité ou répugnance à voir des choses horribles. Pourtant, il s’agit là pour ces deux exemples de photos à l’intérêt historique, prises en automne 1941, montrant les victimes juives quelques instants avant leur mort par balles par des Einsatzgruppen, certaines de ces unités mobiles de tueries nazies ayant été assistées par des collaborateurs locaux, lettons, lituaniens, ukrainiens, biélorusses, etc.

J’ai trouvé dans un livre de documents sur le nazisme, une évocation par un témoin d’un massacre par balles dans la région de Dubno {territoire de l’URSS à l’époque) que je traduis de l’allemand pour illustrer ce que c’était de tuer 1000 voire 2000 voire 14000 personnes en un seul jour: «La fosse était déjà remplie aux trois quarts. D’après moi, il devait y avoir là déjà à peu près 1000 personnes. Je regardai l’un des gardes. Celui-là, un SS, était assis au bord du bord le plus étroit de la fosse, il laissait traîner les jambes au-dessus de celle-ci, sur ses genoux il y avait le pistolet-mitrailleur et il fumait une cigarette. Les gens complètement nus se dirigeaient vers des marches taillées dans la paroi d’argile, en descendaient, trébuchaient sur les têtes des gisants, jusqu’à l’endroit que le SS leur indiquait. Ils se couchaient sur les corps morts ou encore vivants, certains caressaient certains vivant encore et leur parlaient à voix basse. Ensuite, j’entendis une série de détonations. Je regardai dans la fosse et vis comment les corps tressautaient ou les têtes déjà immobiles reposant sur les corps sous elles. Des nuques du sang coulait…» {extrait du chapitre ‘Judenverfolgung und Judenausrottung’ dans ‘‘Der Nationalsozialismus – Dokumente 1933-1945’’ constitué par Walther Hofer}.

J’ai eu de la chance pour ce qui concerne les scènes de violence et y ai été drillé très jeune. Un père violent et la première grande et grosse scène violente quand j’avais 5 ans, souvenir dans lequel je m’interpose entre un père tenant une chaise et une mère terrorisée. Premier souvenir enfantin! À 17 ans, sans y être préparé, je vais voir «Le Temps du Ghetto», de Frédéric Rossif, un documentaire dans lequel sont montrées toutes les horreurs du temps du ghetto de Varsovie y compris les files de brouettes et charrettes dans lesquelles chaque matin la moisson des corps nus et décharnés des morts de la nuit était transportée en une file dantesque vers une fosse commune. Certaines de ces scènes me sont restées au cerveau gravées au fer rouge de l’infamie nazie. Cinq ans plus tard, c’était la famine du Biafra dont on se tapait les photos dans des revues, mais déjà j’avais commencé à travailler dans une firme dont les patrons étaient juifs, rescapés de l’Holocauste et ainsi, mon intérêt pour la Shoah en fut exacerbé.

Grâce et à cause de mon père {je lui ai pardonné mon enfance gâchée en fin de compte}, très tôt j’ai commencé à m’intéresser au phénomène de la violence, cherchant à comprendre ses causes profondes ou enfouies et que seule l’étude psychologique en profondeur des personnes pourrait disséquer.

J’ai vu quantité de documentaires sur la Shoah, mais mon intérêt pour la violence que provoque l’Homme n’est pas limité à cela, il se fixe également sur la violence que la nature inflige aux hommes par le biais par exemple de famines; ainsi en 1984 ou 1985, une Carte Blanche de ma plume était parue dans Le Soir en première page, un texte que j’avais écrit presque à chaud et en larmes au lendemain d’avoir vu un reportage de la BBC tout bonnement effroyable à voir, sur la famine en Éthiopie {et qui déboucha sur Band Aid et le fameux méga-concert à Wembley l’année suivante, organisé et pensé par Bob Geldoff.

Certaines de mes connaissances soutiennent ne pas vouloir regarder des images, photos ou reportages d’horreurs tels les massacres indiscriminés de civils en Syrie, telles ces images montrant un sol jonché de cadavres et/ou de membres épars après un attentat à la voiture piégée en Afghanistan, Pakistan, Turquie ou Irak. Ou ces photos parues un peu partout de victimes syriennes des geôles et tortionnaires de l’armée et/ou de la police sous la coupe de Bashar Al-Assad {prise par un photographe officiel et pour le compte du régime, ayant réussi à mettre 50.000 clichés sur une clé USB et à s’enfuir du pays avec la clé}. Ce qui m’a toujours interpellé – depuis plus de cinquante ans que je m’occupe de la problématique de la violence par l’homme faite à l’homme -, ce sont les raisons d’un tel comportement ‘‘humain’’. En un demi-siècle je n’ai jamais compris comment et pourquoi des tortionnaires, des exécuteurs {exemple ce SS au bord d’une fosse dans les environs de Dubno}, pouvaient travailler à la chaîne la journée en tuant ou torturant hommes, femmes, enfants, vieillards, et, le soir, caresser leur chien, admirer leur progéniture et aimer leur épouse, leurs parents, tout en sirotant à l’aise un apéro ou un bon verre de vin.

Je ne suis pas morbide. J’aime la vie, j’aime voir les gens heureux et vivre sereinement. Pourtant, je ne puis, humainement me refuser à voir ces images d’enfants que des Casques blancs syriens {du côté des rebelles} sortent de ruines après un bombardement par des avions syriens ou russes, et constater que deux d’entre eux vivent encore et que le plus petit, vu sa lividité de visage, doit être mort. Moi qui n’ai pas eu d’enfants, j’ai alors les larmes aux yeux, mais en tant qu’être humain solidaire de cette planète sur laquelle un hasard m’a débarqué {et pas uniquement en criant «il faut sauver la planète»} j’estime qu’il est de mon devoir d’humaniste de savoir quels sont les crimes odieux qui sont commis dans le monde et quels autres crimes sous couvert de famines, malaria, sida, etc. y sont perpétrés dans ce monde qui est aussi le mien dans sa totalité. Et, pour les fléaux dits ‘naturels’, je pense en premier lieu aux disproportions dans le coût des médicaments et des moyens médicaux mis en œuvre pour éradiquer ces problèmes de la part de la communauté internationale hors ONG humanitaires et caritatives. Qui font par exemple en sorte que des couches entières de populations souffrant en Afrique de dénutrition, du sida, de la malaria, ne peuvent être soignées faute non pas de moyens mais d’aide en suffisance de la part des pays du nord. Si certaines nations surtout occidentales ou de l’hémisphère nord étaient plus sensibles aux disparités sociales, corporelles, géographiques et humaines, plutôt qu’à cette nouvelle mouvance ultralibérale et de globalisation visant la croissance éternelle, on pourrait facilement éradiquer la famine dans le monde et la malaria, la dysenterie et mieux soigner les personnes atteintes du sida {je pense ici à l’Afrique en premier lieu}, de la tuberculose et de l’hépatite.

Au fond, ces personnes qui refusent de contempler certaines images tragiques mais qui illustrent soit la barbarie humaine de l’homme contre l’homme, soit le laisser-aller des sociétés de consommation et du bien-vivre à l’égard de certaines parties du monde ou de continents qui ne les intéressent guère, ne seraient-elles pas à considérer comme des antihumanistes, des personnes non pas fragiles mais aveugles, sourdes et muettes, qui vivent cosy et gemütlich dans leur Tour d’Ivoire, engoncées dans leur cocoon confortable, refusant avec une ténacité peu humaine de partager ne fût-ce qu’une seconde, une demi-minute, les souffrances de nos concitoyens du monde, de nos frères comme dirait Baudelaire? Car, les enfants nés souffrant du sida en Afrique du Sud, ces enfants au ventre ballonné souffrant de dénutrition en Somalie du sud, ces enfants qu’on déterre vivants ou morts dans des ruines d’une ville assiégée et bombardée par Assad et Poutine, ces hommes qui crèvent dans les prisons d’Assad, en Corée du nord ou en Russie dans des camps qui sont resté des «zones» {cf. le terme russe « zona »} aux teintes du goulag stalinien, ces Noirs américains qu’on abat sans sommations, ces homosexuels qu’on pend ou lapide en Iran ou en Arabie Saoudite, sont mes frères car ils sont humains comme moi et que leur sort m’intéresse tout comme m’a intéressé celui des Juifs de la Shoah, des Arméniens de 1915, des Cambodgiens victimes des Khmers rouges, des Tutsis en 1994, tout comme m’intéresse le sort des femmes battues et des enfants martyrisés. Bref, tout ce qui est humain dans toutes ses formes m’intéresse et m’interpelle.

Et, soyons honnêtes, pourquoi tant de gens ordinaires supportent-ils de voir des tués, des pugilats, des tortures, dès qu’il s’agit de séries, policiers ou thrillers voire films de SF et refusent-ils de voir des victimes réelles, des gens qui ont versé du vrai sans et non du ketchup, des gens restés au sol pour l’éternité et non pour une scène vite achevée? Il s’agit là d’une forme de distanciation extrême qui me fait penser à la schizophrénie. Scotché aux victimes de scénarios, mais refusant la réalité. Trépidant pour connaître le meurtrier dans un policier mais refusant de voir les œuvres d’Hitler, de Staline, de Mao, de Bachar?

…mon cœur pleure d’une langueur amère et en jachère que n’oblitère ni ne pondère cette vision primaire et délétère, la consécration ultime de l’Homme continuant éternellement et imperturbablement à être pis qu’un loup pour l’homme, le loup tuant pour manger, l’homme tuant souvent par plaisir ou désœuvrement…

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