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29/11/2017

NANISME POLITIQUE

NANISME POLITIQUE

 

Le nanisme est une maladie grave incurable. J’affirme haut et net qu’il y a actuellement parmi nos classes politiques dirigeantes en Belgique, dans une partie de l’Europe et aux États-Unis un nanisme mental politique {«anomalie caractérisée par la petitesse de la taille très inférieure à la normale», définition du Petit Robert que j’étends au psychisme}.

 

J’ai entendu le 1er Ministre Michel dire récemment à la télévision pour ce qui concerne l’organisation de la police à Bruxelles à la suite des émeutes qu’il «va falloir expliquer aux intéressés et leur dire qui fera quoi». Élémentaire mon cher Einstein? Heureusement que Michel veille au grain; ah, s’il n’était pas là, que deviendrions-nous? Bart de Wever qui n’a jamais hésité à égratigner les autres {et le PS en premier lieu, lui qui à l’instar de ces grands-parents de la mouvance flamingante de collaborateurs antibolcheviques, associe actuellement PS et bolchevisme d’antan} sur le plan politique, ne voilà-t-il pas qu’il se met à pleurnicher sur antenne quand il se voit entarter par des éclaboussures d’affaires, lui le preux chevalier blanc? Disons que sa fibre psychique est plutôt molle puisque se faire critiquer à titre personnel fait partie du jeu qu’il mène. À Bruxelles, un samedi, il y a une quinzaine de jours, le bourgmestre Close était allé voir un match de rugby à Paris mais il avait omis de désigner un remplaçant, lui qui, sur le plan hiérarchique, est chef nominal de la police. Résultat, quand des émeutes éclatent dans cette bonne ville de Bruxelles que Pascal Smet voudrait ramener à une immense piste cyclable {un autre génie, celui-là}, eh bien, personne n’est là pour diriger, sur plan tactique, les 40 policiers amenés sur les lieux pour empêcher des émeutes et des pillages de magasins par environ 300 émeutiers. Mais cet autre nain, Theo Franken, veille au bon grain et a trouvé la solution géniale. La mise sur pied d’une police secrète d’état {geheime Staatspolizei, soit Gestapo} constituée de troupes d’assaut {Stosstruppen} de l’Office des Étrangers pour traquer, identifier, débusquer et traduire en justice les étrangers illégaux ou sans papiers qui prendraient part à des émeutes ou pilleraient des commerces. Il y a aussi Di Rupo {67 ans} qui se cramponne de manière spastique à son siège de président du PS et qui, il y a peu de temps, quand un journaliste de Moustique lui a demandé s’il comptait un jour céder sa place, a répondu, mortifié «comment osez-vous poser cette question?». Question de lèse-majesté. Le PS qui vient, sous son égide éclairée et gérontophile, a remplacé la charte de Quaregnon par un Marché aux Idées, mais maintient la lutte des classes. La lutte des classes! On a vu que parmi la nomenklatura socialiste, il y avait une classe d’apparatchiks qui se sucraient fameusement sous couvert de socialisme. Ou, comme disait sereinement un de mes anciens collègues: «socialisme n’est pas paupérisme.». La lutte des classes en 2017, ça c’est digne du PTB et de son idéologie nord-coréenne!

 

À l’instar de Dilbeek {waar de Vlamingen zich thuis voelen}, la chancelière allemande Merkel s’est présentée aux élections de septembre dernier avec le slogan: «Deutschland, ein Land wo man gut leben kann» {l’Allemagne, un pays où il fait bon vivre}, elle qui se fait chahuter et siffler à chaque déplacement public par les adeptes de l’AfD, qui, selon un participant aux négociations ratées de la coalition Jamaïque a mis sur la table 127 propositions et a dit ‘vous choisissez ce qui vous plaît’, Merkel qui a pris deux décisions irresponsables sans consensus et sans même consulter ses partenaires au gouvernement {l’abandon des centrales nucléaires après Fukushima, et l’entrée libre des immigrants en 2015}, Merkel qui ne savait pas que son Ministre de l’Agriculture – Christian Schmidt - allait voter pour le maintien des glyphosates en Europe. Ne parlons pas, du point de vue mental et QI - des dirigeants de Pologne, Hongrie, Roumanie ni Espagne. Rajoy en Espagne de qui, avant les dernières élections nationales, on disait qu’il était incapable d’improviser en public et qu’il devait toujours avoir un copion sous la main voire parfois écrit sur la main et il suffit de l’observer quand il fait une déclaration publique pour le constater. Mais en Catalogne, que dire de ce preux chevalier Puigdemont qui proclame l’indépendance de sa région et puis déguerpit comme un lapin apeuré en Belgique d’où il va mener une campagne politique, soutenu par les crétins de la N-VA qui jouissent encore en pensant à la victoire de la paysannerie flamande lors de la Bataille des Éperons d’Or {1302 – Courtrai}, eux qui furent défaits lors d’une autre bataille gagnée par la chevalerie française, à Kassel en 1328 {Philippe VI}, qu’ils passent sous silence...

 

Ah, il est bien révolu le temps de Gandhi et Martin Luther King quand ils descendaient eux-mêmes dans la rue à la tête de manifestants pour revendiquer les droits civiques pour leurs peuples. Theresa May, quand elle se voit en pied reflétée dans un miroir s’imagine être une nouvelle Thatcher. Thatcher que je détestais sur le plan politique, Thatcher qui a eu le courage inhumain et pour une question de principes {ne pas reconnaître à des détenus politiques le statut de détenus politiques ou combattants armés} de laisser mourir de faim une dizaine de combattants provos {Provisional IRA}, dont Bobby Sands, le tout 1er martyr irlandais, Thatcher qui, à elle seule, a enterré l’industrie du charbon dans son pays, mais Thatcher tout de même une très grande Dame comparée à la naine May. En France, ces dernières décennies, les nains mentaux n’ont pas manqué. Sarkozy dont l’élévation sur le plan mental ne dépassait pas celle de ses talonnettes, Hollande qui se vit éléphant et s’accoucha d’une souris, Fillon qui crut symboliser et personnaliser la France bien-pensante dans sa personne traquée par la justice.

 

Ah, il y a les États-Unis! On sait, car des psychiatres l’ont affirmé, que Donald Trump a le mental d’un gosse de 10 ans {et il ne faut pas un diplôme en psychiatrie pour s’en rendre compte}, il le prouve toutes les nuits avec ses tweets dont l’imbécillité et l’impolitesse de ton ne changent rien au fait qu’il a la mentalité d’un street fighter {jeune qui aime se battre}, une mentalité qu’a également Poutine qui, dans sa jeunesse et sans doute à cause de sa taille de nain, faisait volontiers le coup de poing {quand je le vois, je pense au terme russe Жулик – voyou} avant de faire partie d’un organe répressif – le KGB de très sinistre et criminelle mémoire - dont le poing s’était transformé en convoi pour le goulag, avant de devenir un président qui ne tolère ni opposants ni opposition ni critiques du grand vainqueur de la Seconde guerre mondiale Staline dont on peut encore admirer la statue au mur d’enceinte du Kremlin.

 

Est-ce que la politique attire forcément les nains mentaux, ceux dont le psychisme autorégulateur fonctionne au narcissisme exacerbé, à cette sucette de besoin pathologique de se mettre toujours en avant et de se faire aimer? Freud a décrit comme suit les stades que traverse la personnalité d’un enfant jusqu’à la puberté: oral, anal, phallique, latent, génital. Quand on examine le comportement de certains dirigeants nationaux et internationaux, je pense que Freud aurait dû prévoir un stade entre oral et anal {on parle ici d’un enfant obnubilé par certains fonctions organiques que sont téter, sucer, déféquer}: politique. Il s’agirait d’un arrêt de développement psychologique, donc le fait d’un enfant stoppé dans son développement caractériel qui le laisserait enfant sur le plan mental mais le ferait grandir sur le plan physique et le pousserait vers la politique et l’autoglorification constante de son ego sans pour cela que les moyens d’intelligence que les gènes et les acquis auraient mis à sa disposition l’aient rendu moins enfant.

 

Et pour les gogos qui se laissent berner par ces déclarations souvent imbéciles des Michel, Franken, de Wever, May, Merkel, Trump, etc., le vrai problème c’est que les programmes débiles qu’on passe sur les chaînes de télévision tant françaises que francophones {exception faite pour certains programmes de France 2 et 3} font évoluer nos populations de téléspectateurs actuelles vers une débilité et imbécillité de plus en plus accentuée. Et, quand un téléspectateur qui a regardé RTL-TVI durant des décennies voit et entend le 1er Ministre Michel dire qu’on va s’occuper de la police à Bruxelles et leur dire qui doit faire quoi, des tonnes de gens endoctrinés et conditionnés par des émissions faites pour être comprises par des gens du niveau de Trump {donc, 10 ans, personnalité orale/anale}, se diront, mais c’est tout à fait vrai ce qu’il affirme, il a raison le Michel, quel chouette type. Mais, ces gens sans culture, sans références culturelles, n’auront jamais entendu parler de La Palice {un quart d’heure avant sa mort, il était encore en vie…}, ni employé l’expression ‘enfoncer une porte ouverte’, voire ‘inventer l’eau chaude’.

 

Ce ne sont pas les glyphosates qui rendront les générations futures crétines comme l’ont affirmé des articles tapageurs, certaines chaînes de télévision, certains nains politiques, y contribuent activement.

 

Et, s’il fallait écrire une épitaphe pour le tombeau de notre monde actuel, ce serait «Jamais autant d’information dans tous les domaines n’a-t-elle profité à aussi peu de gens et pour aussi peu de résultats

10/11/2017

CULTURE GÉNÉRALE OU CRÉTINISME DE MASSE?

CULTURE GÉNÉRALE OU CRÉTINISME DE MASSE?

Dans la dernière fournée de MOUSTIQUE, je lis avec effroi qu’une universitaire déclare à propos de la ‘culture générale’ «Tout est culture générale aujourd’hui. L’âge de Johnny Halliday, c’est de la culture générale. Le nom du vainqueur du dernier Tour de France, c’est de la culture générale.»

EFFARANT!

Ce genre d’information que les distingués universitaires Florence Braunstein et Jean-François Pépin rehaussent du terme de culture générale, disons-le franchement, c’est de la régurgitation automatisée guère plus intelligente que ce que produiraient des singes savants ou des perroquets pouvant articuler quelques mots. Dans Moustique, il y a quelques semaines à propos de l’émission ‘300 Chœurs Chantent les Grands Airs Lyriques’, j’avais lu cette autre perle «Prenez des artistes populaires français avec plus ou moins d’aptitude au chant lyrique. Roberto Alagna, Vincent Niclo, Amaury Vassili se rodent à la discipline depuis quelques années déjà…» Tout aussi EFFARANT quand on sait que Roberto Alagna est un des grands ténors lyriques de l’opéra {je l’ai vu à Paris en 1995 déjà}, demandé et adulé aussi bien à New York, qu’à Londres ou Paris. Ça c’est exactement où cette CULTURE GÉNÉRALE teinté surtout de divertissement, nous mène. À l’inculture généralisée devenant la norme du plus petit commun dénominateur car, ce genre de culture ne demande ni travail personnel ni investissement à long terme.

Mais venons-en aux sources, que dit le dictionnaire à propos de la culture? Dans le second membre de la 1ère définition qu’en donne le Petit Robert, il est indiqué «Ensemble des connaissances acquises qui permettent de développer le sens critique, le goût, le jugement

Et, justement, c’est là que réside toute la différence entre l’apprentissage idiot et la régurgitation tout aussi idiote {cf. par exemple ‘Question s pour un Champion’ ou les Quizz} de dates, noms, définitions, de ce que cerveau restitue après avoir analysé les tenants et les aboutissements d’une question et formé une opinion raisonnable sinon érudite, sinon experte.

Savoir que Maria Callas est décédée le 15 septembre 1977 est de la régurgitation pure. L’avoir vue ou entendue dans Casta Diva et Vissi d’arte, entre autres, deux des ses plus magistrales interprétations mais, justement, décider par soi-même sans avoir lu des critiques ou textes à son sujet, pourquoi ces deux interprétations sont magistrales et pourquoi elles sont meilleures que celles que chantèrent Renata Tebaldi ou Anita Cerquetti – deux fantastiques chanteuses par ailleurs, dotées d’une plus belle voix que Callas -, cela c’est de la culture, non pas générale mais de la vraie culture. Et pourquoi cette différence? Cela tient à l’expressivité lyrique inouïe et inédite dont Callas revêtait certaines de ses interprétations {mais pas toutes, il y eut des ratés aussi chez elle}. Et comment le reconnaître ? Après des centaines d’heures d’écoute attentive et de comparaisons entre chanteuses, et non pas en lisant que Johnny Hallyday a tel âge une seule fois.

On fête, notamment, deux centenaires cette année-ci, celui de la Révolution d’Octobre et les 100 ans du jazz. Deux faits qui détachés de leurs contextes historico-social ne veulent rien dire. Pour moi, quelqu’un que je qualifierais de ‘cultivé’ serait capable de me dire quels sont les événements qui ont conduit à octobre 1917, pourquoi et comment Lénine a quitté la tranquillité de l’exil à Zurich et a réussi à galvaniser les ouvriers, matelots et soldats, permettant l’avènement de ces 10 jours qui secouèrent le monde. Savoir pour le jazz, que le 1er enregistrement en 1917 {par des Blancs, un comble!}fut l’aboutissement d’un lent processus qui vit se développer une musique noire d’enfants et petits-enfants d’esclaves, avec une sorte de blues rural puis citadin {Chicago}, des formes vocales propres aux Noirs tels le Negro-Spiritual et le Gospel, ensuite de petits orchestres d’improvisation collective où trompette, clarinette et trombone tissaient ce qui allait devenir par la suite l’essence même du jazz, l’improvisation sur des accords européens mais d’une manière américaine, neuve et vivifiante.

La définition de culture générale que donnent les interviewés de Moustique, c’est de la culture pour bobo et bling-bling. Du ‘m’as-tu vu? On y sort des faits connus de tous, des rodomontades entendues par-ci, par-là, à la télé, qui ont été absorbées par un cerveau sevré de toute culture réelle, et inscrits sur le disque dur de la mémoire à longue date comme chose à devoir dire pour impressionner les gogos qu’on aura autour de soi chez le coiffeur, au café, après la messe, au drink de Jeannine, au bureau entre collègues, à la réunion de pensionnés, au club de foot, ou lors de cette soirée chic chez machinchose.

Du blabla, du vent, qui, d’un point de vue culturel cosmopolite a autant de valeur que savoir que le plat préféré de Johnny, c’est le caviar ou les huitres ou les frites belges.

Plus loin dans l’article de MOUSTIQUE, je lis «Or le but de la culture générale c’est d’apprendre à prendre son temps. Apprendre à réfléchir, apprendre une méthode, apprendre à ne pas dominer l’autre. La culture générale, c’est un savoir-vivre.» {Florence Braunstein}.

Alors, là je l’avoue franchement, je suis un goujat, un va-nu-pieds, un être imbuvable. Combien de fois dans ma vie, avec un voisin, une connaissance, un ami, ne les ai-je pas remis à leur place quand ils m’affirmaient avec cette conviction qui ne repose que sur un sentiment viscéral et non une étude approfondie de la question «qu’Israël avait, en 1948, occupé illégalement des territoires qui avaient été attribués à la Palestine par une décision de l’Assemblé Générale de l’ONU de novembre 1947.» Chaque fois, je l’avoue, avec beaucoup de goujaterie et cette supériorité intellectuelle et culture d’imbuvable qui étaient miennes, je leur disais que lors de la déclaration d’indépendance d’Israël par Gen-Gourion le 14 mai 1948, ce pays nouvellement indépendant donc avait été attaqué simultanément par les armées de cinq nations arabes {Égypte, Liban, Syrie, Irak, Jordanie}. Et ce ne fut qu’au prix d’un très long et coûteux combat en vies humaines que l’état hébreux acquit ses frontières préalables à juin 1967. On sait maintenant via des documentaires et des écrits, parfois même récents, qu’Israël pratiqua une politique systématique d’expulsions des populations arabes de villages convoités par – déjà – des colons juifs, on sait qu’il y eut le massacre et les viols à Deir Yassine {par le groupe Stern allié à l’Irgoun}. Néanmoins, d’un point de vue de culture générale et de vérité historique, le fait est clair, Israël fut attaqué alors que l’AG de l’ONU lui avait reconnu un droit à l’existence légale. De plus, j’ai travaillé 17 ans avec des patrons et un collègue juifs, j’ai visité Israël en ’73 et ’75 et je m’intéresse à son histoire depuis la fin des années 60{intéresser chez moi veut dire lire et regarder des documentaires}, j’ai donc un acquis à ce sujet que nombre de gens qui n’y connaissent que dalle et profèrent des opinions viscérales ou antisémites, n’ont pas.

Il m’est aussi arrivé en tant que mélomane averti {je m’intéresse et ai une culture en classique, contemporain, opéra, jazz, rock, funk, musiques du monde} et musicien amateur, de remettre des gens à leur place quand ils racontaient des bêtises du point de vue de la musique. Chez moi, la culture va de pair avec un enthousiasme ardent pour certaines matières {musique, guerres du 20ème siècle, littératures, politique du 20ème siècle, etc.}.

Un jour que je discutais avec le chef du service de traductions de l’administration où je travaillais, j’ai mal prononcé ‘ethnic cleansing’ {comme clînsing plutôt que clênsing}. Il m’a corrigé, brutalement. Je lui en été gré, j’avais commis une erreur de prononciation, il était parfaitement en droit de me corriger. Je n’ai plus jamais oublié par la suite comment prononcer ‘cleansing’. Le savoir-vivre, c’est une chose, dire n’importe quoi et croire qu’il s’agit là d’un fait établi, tout autre chose. J’ai eu plein de gens cultivés dans mon existence qui m’ont corrigé, qui m’ont fait comprendre certaines choses que je croyais vraies. Je leur en ai toujours été gré. Mais, il y a une différence entre une vérité historique et une opinion. Et entre opinions il y a aussi des différences, comme par exemple, entre opinion d’un érudit et opinion d’une personne non spécialisée ou qui a une connaissance insuffisante d’une œuvre, d’une forme d’art ou d’un artiste. Ainsi avec des amis juifs russophiles qui me dirent que Soljenitsyne n’était pas un bon écrivain, je n’ai pu les convaincre du contraire comme ils ne m’ont pas convaincu de la véracité de leur opinion. Mais c’étaient des êtres cultivés, pas du genre à la culture générale réduite à la connaissance de l’âge de Hallyday…

Pour ceux qui seraient intéressés à la culture autre que la régurgitation physique de dates, quand vous verrez chanter la prochaine fois Nolwenn, Renaud ou réécouterez vos tubes de Dylan, demandez-vous quelles sont les caractéristiques de leurs voix, de la projection de la voix, de la prosodie des textes qu’ils chantent, s’agit-il d’une musique monochrome ou au contraire d’une musique qui ménage rythmes différents dans les textes chantés, tension et détente, innovations instrumentales voire vocales ? La voix chante-t-elle juste? La voix est-elle belle en soi et si non, pourquoi? Et comment comparer ? En écoutant des artistes lyriques, c’est par cette écoute qu’on se forme l’oreille et qu’on sépare le bon grain de bonnes cordes vocales d’une certaine médiocrité vocale ambiante.

Ces questions et surtout leurs réponses, ce sera là la différence entre une culture générale réduite à une connaissance fragmentaire et superficielle de divertissement pour la grande masse de nos populations guère cultivée et ce qui correspond à la définition qu’en donne le Petit Robert, de la culture, à savoir les «connaissances qui permettent de développer le goût, le jugement

01/11/2017

SUICIDE

SUICIDE

Nous venons d’apprendre le suicide d’une personne que nous connaissions à La Panne et qui occupait un studio dans le building où nous en avions nous-mêmes un. Elle avait perdu son fils de 22 ans, lui-même suicidé, il y a quelques années et, depuis, elle était sans ressort, sans punch, sans désir de vivre ou de se permettre de simples plaisirs comme l’écoute de musique ou aller à l’opéra, elle qui avait jadis aimé cette forme d’art. Elle s’est suicidée le jour-anniversaire du suicide de son fils.

Ce n’est pas la première fois que quelqu’un que nous connaissons, avec qui nous avions travaillé, ou un des enfants d’un collègue, se suicide. Ce n’est pas non plus la dernière fois.

1992 fut, de ce point de vue-là la plus mauvaise année pour moi. En début d’année, peu de temps avant mon anniversaire, le suicide d’un couple de collègues avec qui je m’entendais bien et que j’aimais bien. En août, le suicide d’une ancienne amie, originaire de Finlande, vivant depuis plus de 15 années en Belgique et menacée d’expulsion. Et en septembre, celui d’un dermatologue qui nous avait soignés et aussi collègue de mon épouse.

En mars 1994, tentative de suicide d’un ami de longue date {nous nous connaissions depuis la 3ème à l’athénée de Jette. Il s’est jeté des Remparts de Binche mais n’a pas calculé la {bonne} hauteur. 4 mois d’hôpital, des broches par-ci, par-là, et, lui qui était musicien amateur, plus aucune envie en lui d’écouter de la musique. Il m’avait parlé au mois de novembre auparavant de son souhait de se suicider, avait déjà fait des repérages à l’avance. Sa spécialité à lui c’étaient les hauteurs. Le jour de sa TS {tentative de suicide en argot hospitalier}, il était allé à la Tour de l’Yser, mais elle était fermée. Il avait ensuite pris le train et était allé à Binche, où il s’était raté. Quand il sortit de l’hôpital, il se laissa aller et dut être hospitalisé en psychiatrie à Gand {il y habitait}. À sa sortie, il fut placé en maison collective avec 3 autres colocataires souffrant de problèmes psy. Je suis allé pendant quelques années le voir mais de façon irrégulière car c’était déprimant. Il restait assis sur son lit, se plaignait de ne plus pouvoir marcher à cause de douleurs dorsales, ne s’intéressait à rien, ne lisait pas, n’écoutait plus de musique, lui qui avait été un assez bon improvisateur au piano, admirateur d’Earl Hines.

Début juillet 1999, un mercredi, il m’avait téléphoné au travail et nous étions convenus que j’irais le voir le vendredi suivant à Gand. Le vendredi, je sonne et un des habitants de la maison ouvre. Je lui dis que je veux voir Jean-Jacques. «Jean-Jacques n’est pas là» répond-il. «Mais j’avais rendez-vous avec lui!» que je rétorque. « Jean-Jacques est mort!» ajoute-t-il. Je suis sonné. «Puis-je avoir une tasse de café?». Que j’ai bue en automate, incapable d’appréhender cette terrible nouvelle. Il était retourné à Binche mais avait choisi cette fois-ci un endroit plus haut et ne s’était pas raté.

Certains suicides peuvent s’expliquer. Celui de mes deux collègues, de mon ancienne amie de Finlande, celui de mon ami Jean-Jacques. Il y avait dans leur psychisme à l’époque des raisons objectives - à leur sens - qui leur rendaient toute continuation de leur existence impossible. Je les ai connues mais cela ne change rien, car même si j’étais de l’opinion que leur situation n’était pas aussi désespérée qu’elle en avait l’air vu leur âge relativement jeune, aucun argument, aucun conseil, n’auraient pu les en dissuader. Parce que, les personnes qui pensent réellement à se supprimer {il y a celles qui en parlent mais c’est, souvent, un appel à l’aide} sont repliées sur elles-mêmes mentalement, elles deviennent terriblement égoïstes, ne pensent plus qu’à leur affres, souffrances et problèmes, et refusent qu’il y ait immixtion des autres dans leur processus décisionnel d’en finir.

Nous avons aussi connu deux cas d’enfants d’ex-collègues de mon épouse, qui se sont suicidés, assez bizarrement tous les deux en se pendant ; la dernière en date, l’année dernière, le jour avant l’anniversaire de sa propre mère.

Fin des années 70 ou dans les années 80, à sa sortie, j’avais lu ‘Suicide Mode d’Emploi’, un livre dont la sortie avait été vilipendée à l’époque.

Pourquoi? Le suicide tout comme l’euthanasie est un droit individuel inaliénable. Pourquoi ne pas aider les personnes qui souhaitent vraiment mettre fin à leurs jours par des conseils judicieux qui leur éviteraient des séquelles parfois fort désagréables {jambes coupées, paralysie, quadriplégie, coma irréversible nécessitant une assistance totale, etc.} en cas de suicide raté?

Pour ce qui me concerne, je sais que je pourrais y recourir dans certains circonstances bien précises que je ne vais pas préciser. Mais, chez moi, ce serait une balance que j’établirais entre avantages que l’existence m’offrirait encore à l’âge que j’aurais et les inconvénients car, je ne souffre actuellement ni de phobies, ni de délires de la persécution, ni d’obsessions, et je ne suis pas paranoïaque {mon ami Jean-Jacques à l’héritage maternel lourd avait montré déjà en 1993 des symptômes de paranoïa, malheureusement, j’ai donc un esprit sain dans un corps relativement sain.

Je me suis posé des questions sur les lignes téléphoniques «suicide». Si en mars 1994, j’avais eu mon ami Jean-Jacques en ligne, moi qui le connaissais depuis 1960 et, de plus, nous avions commencé à faire de la musique ensemble et avions souvent joué ensemble, lui au piano chez moi, moi à la flûte ou au saxophone, qu’aurais-je pu lui dire qui aurait pu le détourner de l’idée de se tuer? Il s’était déjà mentalement détaché de tout, il n’y avait plus que son écorce physique qui était parmi nous. Et, disons que je travaillerais dans un centre d’appels ‘suicide’, et que j’aurais quelqu’un de tout à fait inconnu en ligne, dont j’ignorerais absolument tout des points de vue physique, social, mental, financier, que pourrais-je dire de suffisamment convainquant pour ramener la personne à la vie? Je n’envie pas ces personnes qui travaillent dans de tels centres et qui sont souvent confrontés à la détresse humaine la plus effroyable, où et quand la vie pend à un {coup de} fil? Je ne les envie pas mais je les admire. Je n’aurais pas le courage d’écouter ces récits désespérés sans y laisser moi-même une partie de mon humanité et d’en souffrir à mon tour.